Vendredi 9 octobre 2026
Concerts & dépendances
Reprise d’Hamlet d’Ambroise Thomas à l’Opéra de Paris
mardi 22 septembre 2026 à 10h18
Dire ou ne pas dire
 
Il aura fallu du temps à l’Opéra de Paris pour comprendre que Hamlet était un titre digne d’être présenté au public. Le mouvement de réhabilitation entrepris il y a une cinquantaine d’années, qui a permis au chef-d’œuvre d’Ambroise Thomas de retrouver le chemin des plus grandes scènes internationales, a enfin convaincu les directeurs de notre première scène de l’opportunité d’en proposer une nouvelle production. En 2023, Ludovic Tézier a ainsi pu briller dans le rôle-titre, et il est vraisemblable que la direction de l’OnP savait déjà qu’elle reprendrait ce spectacle deux ans plus tard, avec un autre interprète. On s’étonne donc d’autant plus de l’extrême discrétion du programme de salle concernant la « version originale » qui a tout à coup surgi en 2022 au festival de Montpellier. Un seul texte porte sur le compositeur, non sans erreurs (Le Songe d’une nuit d’été créé en 1850 à l’Opéra-Comique n’est nullement « adapté d’une pièce de Shakespeare » malgré son titre), et se contente d’évoquer, dans la partition manuscrite, « de nombreux fragments non retenus qui attestent de l’intensité de ces révisions, en grande partie motivées par des changements de distribution ». Les musicologues Sarah Plummer et Hugh Macdonald – qui ont établi la partition pour Bärenreiter –, ne souhaitent-il pas qu’on leur attribue ce travail qui a rendu possible ce retour aux intentions originales de Thomas ? Le brave public ne mérite-t-il pas mieux que cette mention pour le moins laconique : « Le rôle-titre y est interprété par un ténor » (p.91 du programme) ? Cela dit, l’Opéra de Paris n’est pas à une hypocrisie près, puisque les deux lignes qui précèdent cette phrase ont l’honnêteté de signaler la suppression de trois numéros du ballet… pour mieux passer sous silence l’élimination pure et simple du grand chœur « Nargue de la tristesse » à l’acte I. Cela dit, estimons-nous heureux : selon certaines sources, Warlikowski aurait d’abord voulu couper tout ce premier tableau pour commencer par l’apparition du spectre, seule l’intervention de Ludovic Tézier l’en ayant empêché.
Pour cette reprise, l’OnP a largement puisé dans les forces qui avaient assuré à Montpellier la création posthume de cette version : même chef (Michael Schønwandt, qu’on ne savait pas aussi à l’aise dans le répertoire français), même Gertrude (Clémentine Margaine, dont le somptueux organe semble taillé pour dominer l’acoustique ingrate de Bastille), et même superbe Hamlet, John Osborn étant jusqu’ici, sauf erreur, le seul artiste à s’être approprié cette version, et l’on ne voit guère qui pourrait mettre des ressources comparables au service d’un rôle aussi lourd. D’autant que le ténor américain a également fait sien le concept warlikowskien. Cela dit, tant qu’à démarrer avec un Hamlet en hôpital psychiatrique qui se remémore les faits, pourquoi n’avoir pas continué ainsi jusqu’au bout, ce qui nous aurait épargné la ridicule mention « Vingt ans auparavant » qui apparaît avant le deuxième acte ? D’autant que le procédé désormais éculé d’une action entièrement revécue en souvenir aurait l’avantage d’être compatible avec la présence d’artistes n’ayant plus forcément le physique de jeune premier qu’on suppose être celui du prince de Danemark. Dans ce décor « institutionnel » mais monumental, la direction d’acteurs est réglée avec une précision qui pourrait servir d’exemple, même si l’on regrette que la présence des trois mimes dont Warlikowski ne se sépare plus ait poussé à transformer le solo de saxophone (Thomas fut le premier à utiliser cet instrument dans un opéra) en improvisation terminant sur un couac. 
Soutenu par le chœur maison en pleine forme, le reste de la distribution confirme le très grand talent de Jean Teitgen, Claudius qui n’a rien d’un méchant de mélodrame, et les promesses de Julien Henric, qui reviendra sur cette scène en fin de saison, dans le petit rôle de Tybalt, signe d’une prudence louable chez ce jeune artiste. On se réjouit de retrouver Laurent Naouri, à la présence toujours aussi magnétique, en spectre-clown blanc. Et le public français applaudit avec tout l’enthousiasme qu’elle mérite la soprano roumaine Adela Zaharia, splendide Ophélie au style impeccable qu’on rêve de réentendre au plus vite.
Laurent Bury
 
• Ambroise Thomas, Hamlet, Opéra Bastille, lundi 21 septembre, 19 h 30
• Nouvelles représentations les 24 et 30/09, 3, 6 et 9/10, 19 h 30 et 27/09 à 14 h 30 
• Crédit photo : Bernd Uhlig/OnP 
 

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