Dimanche 23 août 2026
Ubi Caritas ou la laude renaissante
Belle et sage à la fois : la piété populaire des laudes italiennes « lissée » par Le Miroir de Musique
Ubi caritas. Italian Laude in Early Renaissance

Composition brève non liturgique mais à usage spirituel née durant le trecento italien – où elle est essentiellement monodique –, la laude s’épanouit en même temps qu’elle se « polyphonise » au xve siècle. Elle atteindra un premier pic de popularité vers 1500, notamment grâce aux publications de Petrucci, puis un second au moment de la Contre-Réforme : chantées par la congrégation de l’Oratoire, certaines figureront même parmi les sources de l’oratorio. Fondées sur des textes dévotionnels souvent issus de la poésie profane, les laudes s’entendent aussi bien dans les monastères qu’en société dans les demeures privées, où elles témoignent de la dévotion personnelle de leur public. De facture simple, volontiers homophones, certaines empruntent même à des canzonette qui se voient ainsi transformées en contrafacta pieux.
Puisant tant aux collections manuscrites qu’aux éditions, les choix du Jardin de Musique témoignent de la diversité du répertoire : pièces instrumentales – munies d’incipits latins bibliques – côtoient poèmes strophiques, parfois à refrain, et réinterprétations dévotes de vers populaires, voire de danses, à deux, trois et quatre parties. Comme les voix, les accompagnements changent d’une laude à l’autre, invitant cordes frottées ou pincées, cloches et – plus rarement – instruments hauts. Mais à part quelques jolies exceptions (Laudato sia Dio, O tempo giocundissimo, Con gran fervor), cette variété reste toutefois limitée : si l’homogénéité vocale, la conduite des phrasés, l’ampleur du legato, séduisent indubitablement, le manque de nuances, les tempos souvent très étirés (O mater Dei et hominis), la placidité généralisée (la joie du Rostiboli gioioso de Piacenza, la vivacité de l’anonyme O Dio cha fatto il ciel con la fortuna se réduisent à un martelage des temps forts) confèrent à l’ensemble une sagesse contemplative et monochrome, où le « populaire » a décidément cédé le pas au « religieux ».
Anne Ibos-Augé
 
Agenda des concert du Miroir de musique : ici

Œuvres de Quadris, Capretto, Dammonis, Bedyngham, Piacenza, Dalza, Josquin Desprez et anonymes
Le Miroir de musique
Direction musicale : Baptiste Romain
1 CD Ricercar RIC 486 (distr. Outhere)
1 h 11 min.

mis en ligne le samedi 22 août 2026

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