Vendredi 11 septembre 2026
Sur des clichés nouveaux collons des airs anciens
Zaïde ou le Chemin de lumière » d’après Mozart par Pygmalion à Paris

Travaux obligent (encore), l’Opéra-Comique ferme pour un an, et propose donc des spectacles « ailleurs », mais pas dans des théâtres, ce serait trop facile : dans des lieux alternatifs, c’est plus drôle, ce qui vaut au spectateur de découvrir des espaces inédits, dont l’acoustique étonne par sa qualité, même s’il faut accepter des gradins certes installés en un temps record et à l’inconfort non moins remarquable. 
Cette saison hors les murs commence au lycée Carnot, dans sa cour dite « Eiffel » car le bon Gustave Bonickhausen en conçut en effet la verrière. Or l’actuelle Salle Favart possède elle aussi une structure métallique. Autre raison probable de ce choix : les écoles de la Troisième République présentent une certaine ressemblance avec les prisons de la même époque, et la production de Zaïde reprise après sa création salzbourgeoise en 2025 (17/08) se déroule dans un univers carcéral. On le sait, il n’est apparemment plus possible de s’en tenir aux clichés d’autrefois (le harem, les esclaves chrétiens, le pardon généreux du sultan), qu’il faut donc remplacer par les clichés d’aujourd’hui : un régime totalitaire, un garde-chiourme qui « obéit aux ordres » et « devient une ordure », un enfant né en prison et une fille qui recherche sa mère qu’elle n’a jamais connue – encore que ces deux derniers éléments fleurent bon le mélodrame d’antan. La contribution de Wajdi Mouawad semble s’être bornée à la rédaction de nouveaux dialogues, heureusement assez brefs, et c’est peut-être à la chorégraphe Evelin Facchini qu’il faut attribuer la beauté des mouvements prêtés au chœur.
Si la conception scénique du projet peut susciter des réserves, sa conception musicale, également due à Raphaël Pichon, force l’admiration, tant l’entrelacement d’extraits de Davide penitente et de Thamos avec la quinzaine de numéros de Zaïde est réalisé avec une habileté confondante. L’exécution musicale est de toute beauté : Pygmalion s’impose avec la lumière de l’évidence, les effectifs tant choraux qu’orchestraux se présentant dans une forme superlative. Les solistes ne sont plus tout à fait les mêmes qu’à Salzbourg : sur cinq chanteurs, seuls deux sont encore présents. À Lea Desandre succède Xenia Puskarz Thomas, mezzo chaleureux ; à Julian Prégardien se substitue Hugo Brady, dont la voix de ténor paraît encore un peu frêle ; et Daniel Behle est remplacé par Matthew Swensen, au timbre un peu engorgé. Ont survécu Johannes Martin Kränzle, dont la maestria scénique fait oublier sans peine qu’il est souffrant, tandis que Sabine Devieilhe trouve ici l’occasion de déployer tout son art : comme attendu, elle excelle dans le « Ruhe sanft », mais aussi dans les diverses pages plus ou moins dramatiques dont son rôle a été opportunément enrichi.
Laurent Bury
• Lycée Carnot, mercredi 9 septembre, 21 heures

• Prochaines représentations les 11 et 12/09, 21 h (Paris, Lycée Carnot, 145 boulevard Malesherbes, 17e)

• Photo : Sabine Devieilhe (Zaïde) et le Chœur Pygmalion  © Stefan Brion

• « Zaïde ou le Chemin de lumière » d’après Wolfgang Amadeus Mozart

• Extraits de Zaide, Davidde penitente, Thamos, König in Ägypten, et autres oeuvres

Mozart : Zaide, Davidde penitente, Thamos, König in Ägypten, et autres oeuvres
Sabine Devieilhe, Xenia Puskarz, Hugo Brady, Matthew Swensen, Johannes Martin Kränzle,
Pygmalion
Direction musicale : Raphaël Pichon
Mise en scène : Evelin Facchini

mis en ligne le vendredi 11 septembre 2026

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