Vendredi 7 août 2026
Artemisia s’expose
L’ensemble Agamemnon lève le voile sur Marie, Suzanne et Madeleine, trois figures féminines face à la peinture caravagesque du XVIIe siècle
Artemisia

Interdite de Beaux-Arts par sa condition féminine, c’est auprès du peintre Agostino Tassi qu’Artemisia Gentileschi (ca 1593- 1653) compléta une formation initialement reçue de son père Orazio. Le viol que fit subir le professeur à la jeune fille la rendit tristement célèbre, en même temps qu’il influença notablement, selon les chercheurs, une part de sa vision artistique : la plupart de ses œuvres, de style caravagesque, met en effet en scène des femmes au caractère trempé – dans l’une de ses nombreuses représentations de Judith décapitant Holopherne, Gentileschi se représenta d’ailleurs elle-même, donnant au général assassiné les traits de son violeur.
Mère (Marie), tentatrice (Suzanne) ou extatique (Madeleine), voilà trois autres figures féminines convoquées dans ce programme mêlant musiques religieuses et profanes du premier baroque italien. Séduisent tout particulièrement les compositions de Domenico Mazzocchi : la soprano Amandine Trenc s’avère bien plus convaincante dans les deux volets constituant la brève scène dramatique de la Suzanna combattuta et le très expressif – et audacieusement chromatique – lamento amareLa Madalena ricorre alle lagrime que dans les pièces sacrées. On regrette notamment dans celles-ci le manque de conduite et de nuances de la chanteuse, comme les aigus tendus et les tenues tremblotantes émaillant les œuvres plus rares de Lucretia Vizana (Ave Stella) ou Francesca Caccini (Regina Cæli) – dont on aurait d’ailleurs aimé entendre davantage dans un tel projet. C’est finalement le volet instrumental de ce « portrait musical » qui se révèle le plus attachant et le plus abouti – et déjà précédemment apprécié (voir ici) – : imitations et dialogues se déploient avec fluidité, souplesse et équilibre règnent en maîtres même lorsque l’écriture foisonne – entre autres chez Fontana et Rossi – et la « spinettina » de Mathieu Valfré offre, avec le violon d’Anaëlle Blanc-Verdin, une magnifique lecture tout en finesse de la toccata frescobaldienne. Quant au cornet de François Cardey, tour à tour velouté et plus incisif mais – à juste titre – jamais prédominant une polyphonie toujours sobrement menée, il se montre absolument ébouriffant dans les virtuosissimes Diminutions sur Susane un jour de Lassus.
Anne Ibos-Augé
Agenda des concerts de l’ensemble Agamemnon : voir ici

Œuvres de Fontana, Vizana, Tarditi, Rossi, Lassus, Mazzocchi, Frescobaldi, Grandi, F. Caccini, Tartaglino
Agamemnon
Direction musicale : François Cardey
1 CD Seulétoile SE 14 (distr. Socadisc)
1 h

mis en ligne le vendredi 7 août 2026

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