Mardi 14 juillet 2026
De prison en ballet
Pierre Gaultier incarcéré, naufragé, mais retrouvé grâce à Cohaere

Il est peu de dire que la vie de Pierre Gaultier « de Marseille » est un roman : né à La Ciotat en 1642, cet élève de Chambonnières enseigne le clavecin à Marseille tout en jouant de l’orgue. Autorisé par Lully à créer un théâtre lyrique, il donne dans la cité phocéenne deux opéras… qui le ruinent : incarcéré en Avignon, il imaginera la bien nommée suite Les Prisons avant de reprendre, dès sa libération, sa double carrière de compositeur et de directeur de théâtre. Las, confie Titon du Tillet, « au mois de septembre 1697 » (d’autres sources évoquent décembre 1696), « après avoir fait exécuter à Montpellier un opéra et quelques divertissements de sa façon, s’étant embarqué avec tout son équipage au Port de Sète en Languedoc pour regagner Marseille, le vaisseau fut submergé, et périt à la vue du Port de Sète sans qu’on ait jamais pu retrouver aucun débris de ce vaisseau, ni de tout ce qui étoit dedans ».
Publiées en 1707, les Symphonies divisées par suites de ton en duo et en trio combinent danses et pièces « à titre ». Ouvertures, menuets, rigaudons et passacailles y côtoient une mystérieuse Marche des Barbets, de gracieuses Heures heureuses et un imagé Embarras de Paris… sans parler des fameuses Prisons ou de plaintifs Regrets. L’interprétation de l’ensemble Cohaere se révèle innovante autant que contrastée : les changements de clavier – parfois au cours d’une même pièce – y façonnent une belle narration, les dissonances sont appuyées sans exagération, les reprises jouent les agréments, la conduite des phrasés y montre une belle ampleur. On pourra trouver certains ralentis trop marqués, les Matelots de la Suite en G ré sol Bécarre un peu éteints, Les Prisons un brin alanguies : ce sera affaire de goût. Mais c’est une musique qui respire sans fards – loin des redondances percussives d’Hugo Reyne, découvreur de Gaultier en 1998 (Astrée) –, élabore ses phrases, les interrompt ou les précipite au gré de fusées virtuoses – selon les désirs du compositeur, et toujours avec l’esprit de variation ad hoc. Quant aux diminutions du violoncelle dans la Passacaille de la Suite en C sol ut Bémol, au Sommeil étiré de la même suite, au decrescendo suspendu du Loure de la Suite en G ré sol Bémol… ils sont, simplement, art de la diction fait musique !
Anne Ibos-Augé
Agenda des concerts de Cohaere : ici

Pierre Gaultier de Marseille : Symphonies divisées par suites de ton (1707)
Cohaere Ensemble
1 CD Ambronay éditions AMY 317
1 h 9 min.

mis en ligne le mardi 14 juillet 2026

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