Mercredi 30 septembre 2026
Clara et ses hommes
Jusque-là apprécié dans le Baroque, le baryton Étienne Bazola se distingue aussi bien dans le romantisme allemand. Révélation !
Lieb und Tod

Bien sûr, on pourrait dire que Clara Schumann est invisibilisée sur ce disque, puisque la pochette annonce simplement « Brahms / Schumann », sans préciser qu’il y a en fait deux Schumann au programme, monsieur et madame. Bien sûr, on pourrait aussi objecter que Clara n’est arrivée qu’en complément opportun puisque, de l’aveu même des interprètes, le plat de résistance, la raison d’être de ce récital était d’enregistrer les Quatre chants sérieux de Brahms et le Dichterliebe de Schumann. Johannes et Robert étaient donc prévus de longue date, et madame Schumann née Wieck n’est arrivée qu’après-coup. Mais ce serait faire un mauvais procès à ce disque, l’essentiel étant finalement qu’il donne à entendre aussi des œuvres de Clara, qui assure le lien entre celles de son mari et celles du jeune élève qui deviendrait son confident. Quel meilleur lien que ces Variations sur un thème de Robert Schumann conçues par son épouse, qui servent ici de respiration instrumentale au milieu du programme, et offrent au pianiste Thomas Costille l’occasion de briller en solo ? Au total, sur soixante-cinq minutes environ, Robert occupe une petite demi-heure, Johannes un quart d’heure, mais Clara a droit à treize minutes de piano seul et à huit minutes trente de chant, ce qui n’est pas négligeable, et qui offre au mélomane l’occasion de (re)découvrir trois lieder superbes, dont « Die Lorelei » sur un poème de Heine également mis en musique par Liszt.
Pour ce premier album personnel, le baryton Etienne Bazola a en effet choisi le lied, choix courageux car l’artiste, délaissant la relative sécurité de sa langue maternelle, n’a pas craint de s’exposer à la comparaison avec les chanteurs d’outre-Rhin, surtout dans des œuvres où les références discographiques ne manquent pas. Il n’a pas non plus fait le choix de la facilité, car les Vier ernste Gesänge, avec leur gravité biblique, ne caressent pas tout à fait l’auditeur dans le sens du poil. Ce répertoire lui permet en tout cas de déployer un timbre jeune et solide qui s’est jusqu’ici surtout fait connaître dans le baroque français mais qui se révèle parfaitement apte à servir d’autres siècles et d’autres domaines, avec notamment de belles réserves dans le grave, pour « Ich grolle nicht », par exemple. L’expressivité et la sensibilité de l’artiste ne sont jamais pris en défaut dans les seize numéros du Dichterliebe qui exigent de varier constamment le ton d’une pièce à l’autre (comme le précise la notice, au lieu de ne transposer que certaines plages et pas d’autres, l’enchaînement des tonalités d’origine a été respecté, ce qui constitue donc « une version inédite de ces lieder pour voix de baryton »).
Laurent Bury
Discographie d’Étienne Bazooka : ici
Chante le rôle d’Oronte dans Médee de Charpentier le mercredi 30/09 à Paris (Théâtre des Champs-Élysées, 19 h 30) avec Marie-Nicole Lemieux (Médée), Petr Nekoranec (Jason), Juliette May (Créuse), Alex Rosen (Créon), Camille Poul (Narine / L’Amour) et Claire Lefilliâtre (Cléone/Une Italienne), Chœur de chambre de Namur, Les Épopées, dir. Stéphane Fuget

Brahms, Clara et Robert Schumann : lieder et œuvre pour piano
Étienne Bazola (baryton), Thomas Costille (piano)
1 CD Oktav Records OKT 017 (Inouïe Distribution)
1 h 5 min.

mis en ligne le mercredi 30 septembre 2026

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