Lundi 23 février 2026
Opera Domestica
Avec Maria Bengtsson en vedette, le Deutsche Oper de Berlin restitue enfin sur scène l’éclat d’Intermezzo
Intermezzo

Intermezzo pâtit d’une mauvaise réputation à cause de son livret « réaliste » que Richard Strauss écrivit lui-même (Hofmannsthal avait refusé), évoquant les chamailleries d’un compositeur nommé Robert Storch avec son épouse Christine – toute ressemblance avec Strauss lui-même et Pauline De Ahna n’aurait absolument rien de fortuit. Au disque, il n’en existait qu’un enregistrement de studio et deux captations en live ; en vidéo, une seule version disponible, montée au festival de Glyndebourne en 1983, en anglais (!), avec Felicity Lott en tête d’affiche. Autant dire que la parution d’un nouveau DVD est, dans l’absolu, une raison de se réjouir. 
En l’occurrence, il y a vraiment de quoi, car le spectacle donné à Berlin pour le centenaire de l’œuvre, en 2024, prouve que l’œuvre tient tout à fait la route, dès lors qu’on parvient à transcender la trivialité un rien boulevardière de l’intrigue. Tobias Kratzer transpose l’action de nos jours, choix on ne peut plus légitime pour un opéra qui se voulait contemporain (à la création, le décor reproduisait notamment le salon des Strauss), avec des références sans doute plus cinématographiques que théâtrales, et non sans un jeu assez réjouissant sur les grandes héroïnes straussiennes. La partition, qui combine de manière assez extraordinaire un chant au plus proche du rythme du parlé et de somptueux intermèdes symphoniques, est servie à merveille par l’orchestre du Deutsche Oper, dirigé de main de maître par Sir Donald Runnicles. Si Intermezzo est si rarement donné, c’est notamment parce qu’il faut une interprète d’exception pour le rôle de Christine : Maria Bengtsson satisfait toutes les exigences, scéniques comme musicales, ces dernières étant loin d’être négligeables. Celui de son mari est moins lourd, mais Philipp Jekal l’incarne avec brio. Au ténor, Strauss ne demande pas l’impossible, pour une fois, et Thomas Blondelle n’est pas un instant en difficulté. Autour du trio, on remarque la très solide femme de chambre d’Anna Schoeck et, dans un personnage très secondaire, Nadine Secunde, jadis grande wagnérienne.
Laurent Bury
 

Strauss : Intermezzo, « comédie bourgeoise avec interludes symphoniques » en 2 actes (1924)
Philipp Jekal (Storch), Maria Bengtsson (Christine), Anna Schoeck (Anna), Thomas Blondelle (Lummer), Clemens Bieber (Stroh)
Deutsche Oper Berlin
Direction musicale : Donald Runnicles
Mise en scène : Tobias Kratzer
Réalisation : Götz Filenius
1 DVD Naxos 2.110780 (distr. Outhere)
2 h 38 min.

mis en ligne le lundi 23 février 2026

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