Lucas Debargue cultive sa différence à tous crins, hier dans Bach, Beethoven et Medner (
voir ici), puis Schubert et Szymanowski (
et ici), il enregistrait en 2018 rien de moins que 52 sonates… de Scarlatti, déployant ainsi, sur piano Bösendorfer, un bel éventail expressif. Souvenons-nous qu’à l’occasion de son premier enregistrement (
et encore ici), il commençait par quatre sonates de Scarlatti et concluait par une improvisation sur la K 208… Un péché mignon largement développé ici dans Gershwin, puisque le deuxième CD de ce double album s’intitule « 12 Études virtuoses d’après des chansons de Gershwin ». Qui connaît les enregistrements sur piano mécanique réalisés par Gershwin de ses propres airs au cours des années 1920, y compris l’arrangement de
Rhapsody in Blue, reportés sur Disklavier par Artis Wodehouse en 1993 (2 CD Nonesuch), saura apprécier l’aisance avec laquelle ce jeune virtuose, interprète et compositeur, jongle avec un si riche corpus mélodique. Entre la rumba d’
Embraceable You, un lisztien et renversant
Fascination Rhythm,
It Ain’t necessarily so où Busoni rencontre Bach, le debussysme de
The Man I Love et de
They Can’t Take That Away From Me, un
I Got rhythm très Bugs Bunny (ou Roger Rabbit…),
Lady Be Good version Chopin et les non moins grandioses
20 Concert Variations & Finale sur
Summertime, ces études
alla Debargue offrent un vrai divertissement sonore, intense et fantasque, joyeux et enivrant. Jazz, classique, contemporain ? Peu importe ! Le pianiste se glisse avec un plaisir égal dans ce langage protéiforme des
Trois Préludes, savoureux et racés, qu’il intercale entre le
Concerto en Fa (1925) et la fameuse
Rhapsody in Blue. Dans ces deux-là, le fougueux Luca Debargue, et le chef d’orchestre Elim Chan, à la tête d’un Orchestre de Paris en grande forme, à la fois tendre et épicé, n’ont rien à envier aux versions récentes de Jean-Yves Thibaudet et Marin Alsop à Baltimore (Decca) ou de Stefano Bollani avec Riccardo Chailly à Leipzig (Decca). Éternel Gershwin avec Lucas Debargue !