Mercredi 8 avril 2026
Beriavel
Une invitation au voyage portée par l’Orchestre national d’Île-de-France

« Hommage à l’intelligence vocale de Cathy Berberian », les Folk Songs (1964, ici dans leur version de 1973 pour orchestre de chambre) entrelacent réécritures et fabrications pseudo-populaires. Mais vrai ou faux, qu’importe ? Demeure la difficulté, pour une seule chanteuse Berberian exceptée, qui demeure sans vraie égale dans ces songs, avec le Juilliard Ens. (RCA, 1968), d’endosser les onze caractères si différents de ces miniatures. La pratique inter-répertoires de certaines réussit tout particulièrement (Anna Stephany chez Alpha, Lucile Richardot, mieux encore, chez HM) et Iva Bittová, artiste à la croisée des styles, représentait donc une candidate séduisante. Le résultat échoue toutefois à convaincre. La voix peine à émerger de l’accompagnement pourtant subtil des musiciens de l’ONDIF, le texte mâchonné – à la prononciation souvent déficiente – demeurant difficilement compréhensible. Justesse approximative (Lo fiolairé), scansion exagérée (Rossignolet, Malurous) et minauderies en tous genres (Black is the Colour, Loosin yelav, La donna ideale) éclipsent quant à elles les rares moments plus heureux (Motettu de Tristura, Azerbaijan Love Song).
Autre folklore, quasi-« familial » celui-ci : l’Espagne de Ravel, dont Manuel de Falla lui-même louera l’authenticité. Après une Alborada del Gracioso délicatement colorée et précisément articulée, Case Scaglione et ses musiciens sculptent les quatre mouvements de la Rhapsodie espagnole, un peu sagement peut-être (la Feria pourrait s’emballer davantage), mais avec un rare sens des contrastes – et de magnifiques solistes. Ceux-ci allient excellence et sobriété pour un Boléro immuable, comme le souhaitait son créateur. Tout s’y perçoit, des changements de tessiture des accords de harpe à l’évolution du phrasé à mesure que l’on progresse vers la dislocation, de l’esprit « jazzy » de certains cuivres aux plus infimes variations des… quinze transitions rythmiques successives ! Une version presque aussi inexorable que celle d’Ozawa (DG) et dont la lisibilité n’a guère à envier à Boulez II (DG) même si, encore une fois, un soupçon de brillance supplémentaire n’aurait pas déplu en conclusion de ce que Ravel lui-même concevait comme une « expérience ».
Anne Ibos-Augé
Agenda des concerts de l’ONDIF ici dont Smetana, Elgar et Brahms les 7/04 à Paris (Philharmonie), 9/04 à Nanterre (Maison de la musique), 10/04 à Franconville (Espace Saint-Exupéry), Stravinsky, Gershwin et Beach les 16 et 17/05 à Paris (Philharmonie)… 

Berio : Folk Songs - Ravel : Alborada del Gracioso, Rhapsodie espagnole, Boléro
Iva Bittová (voix)
Orchestre national d’Île-de-France
Direction musicale : Case Scaglione
1 CD NoMadMusic NMM 131
1 h

mis en ligne le mardi 7 avril 2026

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