Lundi 16 mars 2026
Avant le Concordat déjà…
La Création de Haydn ressuscitée en français sous les hospices du Concert de la Loge
La Création du Monde

Avant même que Napoléon normalise les relations de la France révolutionnaire avec le Saint-Siège, il n’était plus question de culte de l’Être suprême, et il était permis de chanter la gloire de Dieu, notamment en concert, et surtout à Noël. L’attentat de la rue Saint-Nicaise, le 24 décembre 1800, prétendait éliminer le Premier Consul alors qu’il se rendait à l’Opéra (à la demande de Joséphine) pour entendre La Création de Haydn. En français, bien sûr : qui aurait alors imaginé de chanter cette œuvre en allemand à Paris, ou à plus forte raison en anglais ? Bien sûr, personne n’avait jusqu’ici eu l’idée de ressusciter cette version française arrangée par Steibelt, d’autant qu’elle avait disparu des radars. Grâces soient donc rendues à Julien Chauvin qui en a eu le judicieux courage après en avoir miraculeusement retrouvé un exemplaire de la partition. 
Elle n’est certes pas idéale, cette traduction de Joseph-Alexandre de Ségur, grand-oncle du mari de la célèbre comtesse : on ne saurait un instant comparer « Und es war Licht/And there was Light » à « la lumière fut », le pauvre verbe être tombant sur la note longue et censément lumineuse… Mais puisque Haydn lui-même préférait qu’on donne la version anglaise en Angleterre, cette VF mérite d’être entendue, et l’écoute est bien sûr tout autre dès lors que le texte est immédiatement accessible. Ayant entrepris depuis quelques années d’enregistrer les symphonies de Haydn avec son Concert de la Loge, Julien Chauvin devait tôt ou tard passer par la case Schöpfung, mais il réussit ici à le faire comme personne ne l’avait encore fait, et pour cause. Mais le caractère inouï du texte n’empêche en rien de remarquer aussi les savoureuses couleurs dont, sous sa direction alerte, l’orchestre sait parer les différents jours de cette Création. Le Chœur de chambre de Namur sait à merveille phraser cette genèse accélérée, malgré les occasionnelles faiblesses de la versification. Et le trio de solistes est de tout premier choix. On pouvait se douter que Julie Roset serait d’une fraîcheur toute angélique et vocaliserait à ravir. Superbe Tamino il n’y a pas si longtemps, Stanislas de Barbeyrac est un ténor moins clair qu’à l’accoutumée, mais qui narre les épisodes avec une belle éloquence. Quant à Nahuel Di Pierro, il possède l’autorité et les graves nécessaires, non sans prêter une réelle vie dramatique aux événements qu’il relate. Une Création forcément différente, mais dotée de très solides atouts.
Laurent Bury
Agenda du Concert de la Loge ici
de Julie Roset ici
de Stanislas de Barbeyrac ici et de Nahuel Di Pierro ici

Haydn : La Création du Monde
Julie Roset (soprano), Stanislas de Barbeyrac (ténor), Nahuel Di Pierro (basse)
Le Concert de la Loge, Chœur de chambre de Namur
Direction musicale : Julien Chauvin
2 CD Alpha 1186 (distr Outhere)
1 h 37 min.

mis en ligne le lundi 16 mars 2026

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