Lundi 13 avril 2026
Beauté indescriptible
Entre réalisme magique (7e) et mordant relatif (6e), les symphonies de Mahler dans le regard tendre de Semyon Bychkov

Ce coffret comportant l’intégrale des symphonies du compositeur autrichien paraît alors que les symphonies 1 à 5 étaient sorties chacune séparément. Qui les a achetées n’a d’autre solution pour compléter sa collection que de faire l’acquisition du coffret de onze CD. Une pratique qui a provoqué nombre de réactions au point que, sur les réseaux sociaux, le chef de cette intégrale, Semyon Bychkov, a dû se défendre d’être à son initiative et a renvoyé au label qui semble avoir promis « une solution » pour les acheteurs ayant des doublons à la suite de ces sorties successives.
Sur le fond, la découverte des enregistrements des symphonies 6 à 9 conforte les impressions précédentes (voir ici). Le Mahler de Bychkov se caractérise par un hédonisme et une certaine stylisation sans jamais sacrifier à une trop facile extériorité. La Symphonie n° 6 souffre sans doute de cette approche qui passe à côté du mordant impitoyable de l’Allegro energico et du Scherzo (placé en deuxième position) et qui voit dans le final une sorte de douce résignation contre-intuitive. À l’opposé, la 7ème exhale dès son premier mouvement un parfum de rêve éveillé avant que les deux Musiques de la nuit ne nous entraînent dans une sorte de réalisme magique à force de timbres capiteux. En grand chef lyrique, Bychkov ne pouvait rater la Symphonie « des Mille » qu’il habite d’un souffle inextinguible sans jamais écraser le son, même dans le colossal Veni, creator. Solistes et chœurs servent sans défaillance cette vision formidablement inspirante qui restera comme l’une des grandes réalisations du cycle. Le cycle, qui fait l’impasse sur l’Adagio de la 10ème, s’achève sur une 9ème symphonie dont les qualités chambristes s’appuient sur la beauté des pupitres de la Philharmonie tchèque. En quelque sorte fidèle à son optimisme, Bychkov n’y creuse pas le doute et l’on aurait pu espérer une approche plus ambivalente. L’Adagio conclusif se distingue par son extrême douceur. Il n’est pas impossible que l’inspiration de ce cycle éminemment personnel trouve sa source dans cette toute première fois où, jeune étudiant, Bychkov entendit la musique de Mahler : « Elle m’avait emporté dans un monde inconnu. Une musique d’une beauté indescriptible. Une tendresse indescriptible ».
Thomas Deschamps

Mahler : Symphonies 1 à 9
Chen Reiss (soprano, s4), Catriona Morison (mezzo-soprano, s3), Christiane Karg (soprano, s2) Elisabeth Kulman (alto, s2)
Chœur philharmonique de Prague, Chœur philharmonique tchèque de Brno, Philharmonie tchèque
Direction musicale : Semyon Bychkov
11 CD Pentatone PTC 5187 490
11 h 48 min.

mis en ligne le lundi 13 avril 2026

Bookmark and Share
Contact et mentions légales.
Si vous souhaitez être informé des nouveautés de Musikzen laissez votre adresse mail
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman,
deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.