Mardi 31 mars 2026
Ni Lili ni Maurice
Une Ville morte… à demi-éveillée par le Catapult Opera

On sait que, très tôt, Nadia Boulanger renonça pratiquement à composer pour se consacrer avant tout à l’enseignement. Malgré tout, vogue des compositrices aidant, ses œuvres commencent à reparaître dans les programmes, même si elles souffrent inévitablement de la comparaison avec celles de sa sœur Lili, première femme couronnée par le Prix de Rome en 1913.
Morte soixante ans avant son aînée, celle-ci avait consacré les derniers mois de sa courte vie à un opéra tiré de La Princesse Maleine, hélas perdu. Nadia, elle, travailla entre 1909 et 1913 à un opéra intitulé La Ville morte, sans rapport avec le roman de Rodenbach qui devait inspirer à Korngold son plus célèbre opus lyrique, mais adapté d’une tragédie de Gabriele d’Annunzio dont la création mondiale avait eu lieu à Paris en 1898, avec Sarah Bernhardt. Le texte français servit de base au livret que Nadia Boulanger mit en musique, avec l’aide de Raoul Pugno : on croirait un pastiche de Maeterlinck, avec tous les passages obligés (chevelure dénouée, mains pleines de fleurs, aveugle, souterrains, fontaine…).
De cette Ville morte, il ne reste plus qu’un piano-chant. La version enregistrée par Pentatone en propose une orchestration, mais pour formation de chambre – ici, le Talea Ensemble –, ce qui rend le son sans doute plus incisif et plus acidulé que prévu ; par ailleurs, le chef Neal Goren a décidé de raccourcir l’œuvre en éliminant un des cinq personnages, la Nourrice, et en supprimant les interventions du chœur. Le disque est en fait l’écho d’une production montée par Catapult Opera, présentée à Athènes et New York en janvier et avril 2024, ce qui explique qu’aucun des membres de la distribution ne soit francophone : c’est peut-être dommage, car si elle hésite entre le debussysme et un lyrisme plus traditionnel, Nadia Boulanger n’en privilégie pas moins la déclamation. Tous les interprètes font de leur mieux et se révèlent au moins vocalement à la hauteur, sauf le ténor aux aigus un peu engorgés. Il n’y a néanmoins guère de risque que cette Ville morte détrône l’autre, sauf révélation que permettrait peut-être une version complète, avec grand orchestre et solistes plus à l’aise en français.
Laurent Bury
Agenda des concerts de Neal Goren et du Catapult Opera : ici

N. Boulanger : La Ville morte d'après G. d'Annunzio
Melissa Harvey (Hébé), Laurie Rubin (Anne), Joshua Dennis (Léonard), Jorell Williams (Alexandre
Talea Ensemble
Direction musicale : Neal Goren
2 CD Pentatone PTC 5187492
1 h 40 min.

mis en ligne le mardi 31 mars 2026

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