Jeudi 5 février 2026
Deux tiers d’oratorio
L'oratorio dans sa version concentrée au XIXe siècle en 2 parties : l'occasion pour le Concert Spirituel de briller une nouvelle fois

Bien sûr, il y a les dix plaies d’Égypte et le franchissement de la mer Rouge, évoqués par de grandes pages chorales et des airs pour solistes. Pour autant, Israel in Egypt n’est pas exactement ce qu’on peut attendre d’une grande œuvre sacrée de Haendel. D’une part, le compositeur a eu la curiosité de réutiliser en guise de première des trois parties la musique écrite pour les funérailles de la reine Caroline, mais cette première partie, souvent omise au XIXe siècle, est absente du disque enregistré par Hervé Niquet à l’automne 2023.
D’autre part, même ainsi amputée, l’œuvre conserve une physionomie particulière, voire bancale : les premiers numéros de la partition donnent l’impression que l’on a affaire à une alternance classique entre récitant et airs, mais le chœur devient bientôt le narrateur dominant, et l’historicus disparaît purement et simplement ; d’autre part, il y a plus de duos que d’arias pour les solistes, dont certains n’ont jamais l’occasion de faire entendre leur voix indépendamment. 
De ce fait, Israel in Egypt offre au Concert Spirituel l’occasion de briller au premier plan, dans les tempos très allants adoptés par le chef (la plupart des versions disponibles durent entre dix et vingt-cinq minutes de plus). Si la virtuosité est de mise pour l’orchestre autant que pour le chœur, afin que les lignes vocales restent lisibles malgré la rapidité de la direction, l’émotion n’en est pas moins présente, avec la variété de couleurs nécessaires à dépeindre la mort des premiers-nés aussi bien que la gloire de Moïse. Quant aux solistes, on l’a dit, certains ne se font entendre qu’en duo. C’est le cas des deux basses, Andreas Wolf et Alexandre Baldo. C’est aussi le cas de la soprano Lucie Edel, mais l’on se réjouit que n’aient pas été choisies pour autant des voix blanches ou sans personnalité – loin de là. Sa consœur Myriam Leblanc bénéficie en revanche du dernier air de la partition, et du très bref « Thou didst blow with the wind ». On a plus le loisir d’écouter dans deux airs et un duo la contralto Lena Sutor-Wernich, au timbre délicieusement androgyne, orné de graves impressionnants. Tout aussi gâté, si l’on compte les récitatifs, est le récitant auquel le ténor britannique Laurence Kilsby prête une silhouette élancée qu’on imaginerait bien en Evangéliste, et une agilité bienvenue dans son air « The enemy said ».
Laurent Bury

Haendel : Israel in Egypt HWV 54
Myriam Leblanc, Luciel Edel (sopranos), Lena Sutor-Wernich (contralto), Laurence Kilsby (tenor), Andreas Wolf, Alexandre Baldo (barytons-basses)
Le Concert Spirituel
Direction musicale : Hervé Niquet
1 CD Alpha 1176 (distr. Outhere)
1 h 10 min.

mis en ligne le jeudi 5 février 2026

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