Mercredi 13 mai 2026
Martha s’en va, Ivo reste
Ivo Pogorelich à la Philarmonie de Paris

Martha Argerich et Ivo Pogorelich devaient assurer ensemble un concert Chopin avec les deux concertos pour pianos dans leur version réduite pour quatuor à cordes, accompagnés par les solistes de la Staaskapelle de Berlin. Un évènement, car le coup d’éclat de la démission de Martha Argerich en 1980 du jury du concours Chopin, du fait de l’élimination prématurée d’Ivo Pogorelich, alors âgé de 22 ans, et qu’elle décrivait comme « un génie du piano » n’a jamais été oubliée, et appartient toujours à la légende du pianiste, quarante-cinq ans plus tard….
En définitive, Martha Argerich annule sa présence, non pas en raison de problèmes de santé, mais afin de participer au jury de la 18e édition du Concours international de piano Arthur Rubinstein, où siègent également Daniel Barenboim et Yefim Bronfman : un concours trisannuel, dont les dates avaient été modifiées en raison des évènements au Moyen Orient.
Le concert parisien étant maintenu, Ivo Pogorelich a assuré un programme 100% Chopin, avec en première partie un Prélude de l’opus 45, la Berceuse et le 2e concerto, et en seconde partie une Mazurka de l’opus 5, la Barcarolle et en final, la Sonate en si bémol majeur. La salle n’était pas tout à fait pleine, le changement ayant dû faire renoncer certains auditeurs « fans » de Marta Argerich. Au fil du temps, les grands artistes comme elle gardent leur enthousiasme et leur aura, et continuent de séduire le public. Pour d’autres musiciens, dont Pogorelich, certains traits se durcissent, amenant à des impressions et des réputations  plus contrastées – le pianiste s’étant construit au fil du temps une image forte (et controversée) « d’enfant terrible »… complètement assumée. On a donc retrouvé son habitude d’être présent avant le début de la représentation, lorsque le public s’installe, bonnet sur la tête, jouant en sourdine, avant de revenir en queue de pie pour le début du concert. On l’a vu également à l’entracte, maniaque, modifier lui-même, sans l’aide du personnel, l’endroit et l’angle précis qu’il souhaitait pour son instrument. Il joue avec partitions et la tourneuse de pages a eu droit à un de ses rares sourires, à la fin du concert, parce qu’elle applaudissait à tout rompre – lui-même restant très solennel : il ne fera aucun bis.
Pour le Concerto, les membres du quatuor de la Staaskapelle jouent avec leurs automatismes habituels, non sans difficultés pour s’ajuster dans le 1er mouvement au tempo très ralenti du pianiste, ces tempi devenus presque une marque de fabrique pour lui. Malgré tout, le lien se fait entre eux, et l’œuvre avance, sans être totalement convaincante, la réduction orchestrale déséquilibrant un peu l’œuvre et le dialogue avec le piano. Le soliste reprend ensuite son univers, sa façon de jouer, avec des attaques précises et remarquables, et sa légendaire sonorité détachée. En conclusion, la Sonate et sa fameuse « marche funèbre » en final est interprétée avec une telle cohérence, une rigueur, un son profond et saisissant que l’ensemble fait une grande impression sur le public, aux applaudissements nourris et chaleureux.
Denis Mechali
3/05, Paris, Philarmonie

Agenda des concerts d'Ivo Pogorelich ici



mis en ligne le mercredi 13 mai 2026

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