Mardi 16 juin 2026
Les rois sont morts, vive les rois !
Entre bon goût et histrionisme, l’art de brocarder les souverains du temps jadis
Jadis & Naguère

« Des rois jadis, race proscrite, on sait quelles étaient les mœurs : ils avaient maintes favorites, cent flatteurs, mille courtisans... » Comme l’illustre La Fille de Madame Angot, les régimes ont beau se succéder, on brocarde toujours ceux qui nous gouvernent. Les rois et les héros qui les servaient ont inspiré, au fil des siècles, bien des chansons, pas toujours bienveillantes, et pour leur nouveau disque, Les Lunaisiens ont choisi de proposer un bouquet de ces airs où l’on vante divers souverains, Henri IV le Vert Galant, mais aussi les rois fainéants – ou plutôt leurs épouses. Tout comme les compositions les plus savantes, ce patrimoine « populaire », de tradition orale, mérite d’être régulièrement ranimé et rendu accessible par l’enregistrement. Mais cette mission pose bien plus de problèmes qu’on ne pourrait le soupçonner. A quelles sources se fier pour savoir comment interpréter les chansons qui se sont transmises de génération en génération ? Quel accompagnement proposer pour ce qui se réduit souvent à une simple ligne de chant, un « timbre » comme en réunit la fameuse Clef du Caveau ? Comment éviter la monotonie avec ces airs strictement strophiques ?
 
Arnaud Marzorati n’a choisi ni la discrétion, ni une improbable authenticité, et il revendique le caractère « résolument décalé » de ses interventions : les six musiciens réunis pour soutenir les voix n’hésitent pas à pratiquer ici et là la citation ironique, en contrepoint de ce qui se chante (peut-être aurait-on pu néanmoins se dispenser du bruitage de pluie qui introduit plusieurs des plages). L’ensemble réuni pour l’occasion, qui associe instruments anciens et folkloriques, ne prétend évoquer aucune époque en particulier, les mélodies interprétées allant du XVIe au XIXe siècle. Et les chanteurs n’ont pas peur de forcer le trait pour éviter la monotonie : dans la « Chanson de Roland », si le chœur Audomaria répète implacablement son refrain, Cyrille Dubois déploie toute sa palette dramatique pour conter la mort héroïque du neveu de Charlemagne. Arnaud Marzorati oscille entre le parlé et le chanté, exercice délicat dont il est habitué. Quant à Jenny Daviet, elle joue elle aussi de tout son talent d’actrice. Il appartiendra à chacun de décider si la frontière qui sépare le bon goût de l’histrionisme est parfois franchie, mais on ne saurait reprocher à ce programme de donner du temps jadis une image trop compassée. 
Laurent Bury
 
Calendrier des concerts des Lunaisiens et Arnaud Marzorati : ici ; de Jenny Daviet : ici et de Cyrille Dubois : ici

Arnaud Marzorati (baryton, direction), Jenny Daviet (soprano), Cyrille Dubois (ténor)
Les Lunaisiens, Chœur Audomaria
1 CD Seulétoile SE 16
1 h 5 min.

mis en ligne le mardi 16 juin 2026

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