Vendredi 25 septembre 2026
Plus Walkyrie que Péri
Poème épique tiré d’un Orient rêvé, Le Paradis et la Péri s’éveille sur instruments d’époque avec Jordi Savall

Evidemment, ils suivent tous le même chemin : les chefs « baroqueux » de la première heure semblent en venir fatalement à élargir peu à peu leur répertoire, en lorgnant sur un XIXe siècle de plus en plus avancé. Lorsqu’il aborde Schumann avec Le Paradis et la Péri, Jordi Savall se risque jusqu’en 1843, soit à peu près la même époque que ce Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn qu’il a également enregistré (voir ici) – mais il s’est déjà aventuré quelques décennies plus loin, chez Bruckner, ou chez Brahms dont il dirigera prochainement le Requiem allemand à la Philharmonie de Paris). C’est l’occasion d’interpréter cette musique sur instruments d’époque, courant qui a fait des émules puisque des chefs « modernes » en viennent à parcourir le chemin inverse, comme lorsque Kent Nagano achève sa Tétralogie historiquement informée entreprise il y a quelques d’années.
Même pour des oreilles désormais habituées à cette pratique, cela suppose des choix qui peuvent encore étonner. Bien sûr, certains détails deviennent plus saillants, notre écoute s’en trouve renouvelée – Gardiner avait malgré tout, dès 1999, enregistré cette partition avec son Orchestre révolutionnaire et romantique – mais on aura aussi le droit de trouver ici bien râpeuses les cordes, dans les toutes premières mesures de cet oratorio profane. Pour cette exécution, Le Concert des Nations intègre de jeunes instrumentistes ayant participé aux éditions 2022 et 2025 des Youth Orchestra and Choir Professional Académies, projet conçu par Jordi Savall lui-même. Même chose pour les forces chorales de la Capella nacional de Catalunya, enrichies par d’autres jeunes artistes. 
Parmi les solistes vocaux, on peut aussi être déconcerté par certaines habitudes issues d’un répertoire antérieur, notes droites et relative absence de vibrato, plus sensibles chez certains que chez d’autres, notamment la mezzo Marianne Beate Kielland dans le rôle important de l’Ange. Parmi les messieurs, le baryton Manuel Walser abuse parfois du détimbrage à des fins expressives, mais la prestation de la basse française Nicolas Brooymans, même s’il n’a que quelques répliques en soliste et est surtout sollicité en quatuor vocal, inspire un cocorico légitime, les deux ténors assumant quant à eux leur rôle sans reproche. Du côté des sopranos, si Johanna Rosa Falkinger a toute la fraîcheur souhaitée en Jungfrau, on reste mitigé devant la prestation de Lina Johnson, dotée de plus de véhémence que de charme, plus proche de Brünnhilde que de la fragile héroïne imaginée par Thomas Moore dans son Lalla Rookh.
Laurent Bury
Agenda des concerts de Jordi Savall, du Concert des Nations et de La Capella Nacional de Catalunya : ici dont le 25/09 à Pontoise (église), 27/09 à Ambronay (Abbatiale), 2/10 à Tours (Cathédrale St-Gatien), 21/10 à Barcelone (L’Auditori) et 23/10 à Paris (Philharmonie) ; de Johanna Rosa Falkinger : ici et de Nicolas Brooymans : ici

Schumann : Le Paradis et la Péri
Linda Johnson, Johanna Rosa Falkinger, Marianne Beate Kielland, Kieran Carrel, Ferran Mitjans, Manuel Walser, Nicolas Brooymans
Concert des Nations, La Capella Nacional de Catalunya
Direction musicale : Jordi Savall
2 CD AliaVox AVSA 9968
1 h 40 min.

mis en ligne le vendredi 25 septembre 2026

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