Dimanche 21 juillet 2024
Concerts & dépendances
mercredi 28 juin 2023 à 23h47
Workshop de l’Académie de l’Opéra de Paris à l’Amphithéâtre – Bastille : Looking for Bernstein. Deux années durant, Victoria Sitjà (photo), metteure en scène, a observé ses camarades chanteurs et instrumentistes. En juin 2022, elle a imaginé avec eux un spectacle très réussi sur le lied « revu par les yeux » de Pina Bausch (voir ici). Cette fois, elle les engage dans une réflexion sur la transition en art à travers un groupe qui attend  Leonard Bernstein et ne le verra pas, mais aura été marqué par cette recherche. Comment entrer en communion avec le maestro ? En ralentissant certains tempos ?  Oui mais pas seulement. En chantant Bach en anglais ? Pas vraiment. En se révoltant ( « Je déteste Bernstein », affirme l’impressionnante  basse Adrien Mathonat) ? Peut-être aussi. Bien abstrait tout cela ? Rien de démonstratif pourtant, ni d’explicatif, et c’est à travers us et coutumes, sympathies et déceptions de cette troupe de jeunes très doués qu’on peut, si on le veut, lire l’indicible.
On peut aussi prendre un plaisir plus simple à entendre les grands tubes bernsteiniens, de West Side Story à Mahler, en passant par les opéras célèbres revisités par le maestro, de Carmen grisée par les volutes de fumée au Chevalier à la rose comme une grande déclaration d’amour à Vienne, le tout ponctué d’extraits de répétitions filmées, où Lenny himself révèle son art bien connu de « passeur de musique ».
Salle pleine (entrée gratuite sur réservation) réservant un triomphe au chef Ramon Theobald et à l’arrangeur Benjamin Laurent, aux huit chanteurs et aux huit instrumentistes et pianistes. Citation, dans le programme, de Samuel Beckett : « Enlacés, la tête dans les épaules, se détournant de la menace, ils attendent ». Godot/Bernstein ne viendra pas, mais l’attente aura été active, et fructueuse. Le spectacle se donne encore vendredi 30. Ne le manquez pas.  
François Lafon 
Opéra National de Paris – Bastille, Amphithéâtre Olivier Messiaen, 28 et 30 juin

Crédit photo : (c) Studio J'adore ce que vous faites / OnP
Fin de saison et retour aux sources à l’Opéra-Comique : Zémire et Azor d’André-Ernest-Modeste Grétry sur un livret de Jean-François Marmontel (1771). Non pas La Belle et le Clochard, mais La Belle et la Bête, thème éternel de l’amour au-delà des apparences. Pour mettre en scène cet archétype du genre, triomphe en son temps, Michel Fau n’a pas convoqué les mânes de Jean Cocteau, et sa Bête n’a pas les traits artistement velus de Jean Marais. Il n’a pas non plus convoqué Freud, qui aurait pourtant bien des choses à dire sur les troubles désirs de la Belle : la musique de Grétry, si simple en apparence mais admirée de ses grands contemporains, et le livret de Marmontel, élégamment versifié, laissent ouvertes bien des portes en prenant garde qu’elles le restent. Dans un décor-boîte surmonté d’un ciel nuageux, sur lequel règne une Bête évoquant l’insecte humain de Kafka (La Métamorphose) et dont les ongles immenses font penser à l’Edward aux mains d’argent de Tim Burton, on est au pays des contes - puisque l’histoire est transposée dans l’orient des Mille et une nuits, où une Fée perverse personnifiée par Michel Fau lui-même finit par rendre son apparence flatteuse au jeune prince qui, même laid, aura su se faire aimer. Trop de classicisme peut-être, là où l’on attendait plus de folie, même si dans maints détails l’humour à froid de Fau fait mouche, et si les costumes somptueux signés Hubert Barrère nous transportent dans un Orient subtilement versaillais (suberbe robe de Zémire, brodée par les soins de la maison Lesage). A la tête d’un ensemble Les Ambassadeurs – La Grande Ecurie très au point, Louis Langrée ose cette folie, anticipant un répertoire qui fera les beaux jours de la maison. Gros succès pour Julie Roset, Belle aux vocalises de rêve, pour Marc Mauillon, méconnaissable sous son turban de père de la Belle dépassé par les événements, pour Philippe Talbot, Bête aux accents déjà romantiques. Quel plateau ! 
François Lafon

Opéra-Comique, Paris, jusqu’au 1er juillet (Photo © Stefan Brion)

A l’Opéra de Paris – Bastille :  Roméo et Juliette de Gounod, absent du répertoire-maison depuis 1985. Sur scène : le grand escalier de l’Opéra… Garnier. Une idée choc due à Thomas Jolly, labellisé metteur en scène shakespearien depuis un Henry VI (dix-huit heures de spectacle) d’anthologie et revenant à l’opéra entre une triomphale reprise de Starmania et l’organisation de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Paris. C’est dire que nous sommes loin de la presque intimiste version « Parrain 2 » de l’Opéra-Comique en décembre 2021 (voir ici), qui a vu le ténor Pene Pati promu divo express. Ici, la panoplie Jolly est de (et à) la fête. Mêlant chanteurs, danseurs et circassiens, costumes pailletés et éclairages de night club, ce ne serait que  carnaval et images flashy si le metteur en scène n’avait actionné son talisman : l’oxymore, « figure de style ayant la particularité de créer dans nos cerveaux une tension » (d’où le choc des « deux anciennes maisons égales en dignité » Capulets-Montaigus, ou de l’escalier de l’une sur le plateau de l’autre). Ainsi l’on danse, l’on se bat et l’on meurt « comme au théâtre », mais sur fond de grande peste (mentionnée par Shakespeare) et de haines recuites (chaud et froid bien compris par Gounod dans sa musique, remarque le metteur en scène). Le spectacle tient debout, et sera sans doute repris, avec des distributions différentes. La première (1) est un sans faute : standing ovation pour Elsa Dreisig et Benjamin Bernheim, fougue et élégance mêlés, entourés d’une Lea Desandre exceptionnelle en page travesti et de plusieurs générations de voix francophones exemplaires (Laurent Naouri, Sylvie Brunet, Jérôme Boutillier, Jean Teitgen), sous la baguette énergique de Carlo Rizzi. C’est avant tout leur fête (sans oxymore) que ce spectacle célèbre.
François Lafon
 
(1) Une seconde prend le relais à partir du 27 juin, pas moins luxueuse, avec Pretty Yende, Francesco Demuro et Marina Viotti

Opéra National de Paris – Bastille jusqu’au 15 juillet - En direct le 26 juin à 19h30 sur France.tv/Culturebox, dans les cinémas UGC, dans le cadre de « Viva l’Opéra ! », dans les cinémas CGR et des cinémas indépendants - Diffusion ultérieure sur une chaîne de France Télévisions et la plateforme de l’Opéra national de Paris – En différé le samedi 8 juillet sur France Musique à 20h
(Photo © Vincent Pontet / OnP)

Deuxième jour du festival ManiFeste de l’Ircam recueillant cette année « la clameur du monde » et placée sous l’emblème de Janus, le dieu aux double visage tourné à la fois vers le passé et l’avenir : l’ « acoustique »  Edgard Varèse  et  l’ « électronique » Sasha J. Blondeau, Alain Altinoglu dirigeant l’Orchestre de Paris et le danseur, chorégraphe et chanteur François Chaignaud, réunis dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris pour « perturber les hiérarchies communes de la salle de concert ». En clair : confronter les styles et les disciplines, exposer l’individu à la foule avec Cortèges (2023, création mondiale), l’orchestre romantique aux sons bruts de cet autre Sacre du printemps qu’est Amériques (version « épurée » de 1929), le tout à l’aune du bref mais fulgurant Density 21.5 pour flûte solo, titre évoquant la densité du platine dont était fait l’instrument étrenné par le flûtiste Georges Barrière, créateur de ladite pièce en 1936. En plus clair encore : un happening bien ordonné à la gloire du mariage « alla Janus » de la technique de pointe signée Ircam et de la grande tradition, où l’intrusion de l’univers gestuel et vocal déroutant de François Chaignaud fait son effet en dépit d’une musique plus virtuose qu’inspirée et d’un texte difficilement audible d’Hélène Giannecchini, où Amériques en revanche ne perd rien de son inusable modernité sous la baguette (que n’aurait probablement pas désavouée Boulez) d’Alain Altinoglu à la tête d’un Orchestre de Paris en forme superlative, où  Vicens Prats, grand soliste de l’Orchestre, met somptueusement en valeur les ressources expressives de Density 21.5. 
François Lafon

Philharmonie de Paris, Grande Salle Pierre Boulez, 8 et 9 juin – Festival ManiFeste, jusqu’au 1er juillet : manifeste.Ircam.fr
(Photo : François Chaignaud et des musiciens de l'orchestre © Audouin Desforges)

 

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