Samedi 26 septembre 2026
Voyage spirituel
Steve Reich à nouveau enluminé par ses fidèles interprètes
 
Le même, pas pareil
Joe Hisaishi dirige The Desert Music et The End of the World

Venu tardivement au chant ou plutôt à la psalmodie – jusque-là, la voix, traitée comment un élément rythmique, s’insérait dans le tissu instrumental : Music for 18 Musiciens – Steve Reich ouvre une nouvelle phase créatrice à partir de 1981 (Tehillim, The Desert Music…) qui correspond à un retour au judaïsme et à une appropriation originale de la cantillation hébraïque. Quelque quinze ans plus tard, Proverb inverse le processus en accordant la primeur à 5 voix quasiment a-cappella soutenues par 2 vibraphones et 2 orgues électriques. Traveler’s Prayer et Jacob’s Ladder renouent clairement avec le succès de Proverb basé sur le minimalisme serein d’une forme inspirée de l’époque médiévale, en particulier Pérotin. Par ses créateurs Synergy Vocals et Colin Currie Group, Traveler’s Prayer (2021), resserré en une quinzaine de minutes, apparaît dans l’élégiaque lenteur de sa suspension comme l’écho lointain de la polyphonie de la Renaissance. Dans cette partition d’une haute spiritualité, les cordes soutiennent le chant qui ne cesse de flotter dans une irréalité que suggèrent trois versets tirés de la Genèse, de l’Exode et des Psaumes qui, comme l’indique le compositeur, demeurent associés à la prière des voyageurs dans le judaïsme. 
Plus typiquement « reichien » dans sa pulsation immuable et sautillante (pépiement des flûtes au 3e mouvement !), Jacob’s Ladder (2023) bénéficie de l’impeccable et fidèle Synergy Vocals rejoint par le Philharmonique de New York. L’ensemble instrumental commente le chant (l’épisode du Songe de Jacob dans la Genèse) à travers des mouvements ascensionnels vers l’aigu (les anges perçus par Jacob sur l’Échelle entre le Ciel et la Terre) dans l’esprit du concerto grosso baroque – le 5e Brandebourgeois de Bach est l’une des œuvres fétiches de Reich – jusqu’à s’immobiliser et « redescendre » dans le grave jusqu’au silence final. Ainsi se referme ce nouvel épisode de Steve Reich inspiré de la Genèse – sur laquelle reposait aussi l’opéra The Cave co-signé en 1993 avec la plasticienne Beryl Korot, son épouse –, à moins que le compositeur, comme il le confiait il y a peu dans un entretien, ne s’attèle à un nouveau Livre des Proverbes… 
À signaler également la parution d’une reprise iconoclaste, dynamique et chamarrée, de son Desert Music (1984) capté en concert au Suntory Hall de Tokyo en 2024 sous la baguette du compositeur, parolier, écrivain et chef Joe Hisaishi à la tête du Future Orchestra Classics. À l’affiche de cet album, le chef y dirige également son End of the World (2008/2015) partition inspirée par la tragédie du 11 septembre 2001 dans un style plus proche de John Adams que de Steve Reich avec les grandes envolées expressives de son orchestre.                                 
Franck Mallet
 
Agenda des concerts de Synergy Vocals : ici ; du Colin Currie Group : ici et de Joe Hisaishi : ici

Reich : Jacob's Ladder (1) ; Traveler's Prayer (2) ; The Desert Music (3) - Hisaishi : The End of the World (4)
Synergy Vocals (1, 2), Colin Currie Group (2), New York Philharmonic (1), Future Orchestra Classics (3), The Philharmonic Chorus of Tokyo (3)
Direction musicale : Jaap Van Zweden (1), Colin Curie (2), Joe Hisaishi (3, 4)
1 CD Nonesuch 075597899122 (1, 2) ; 1 CD Deutsche Grammophon 487 7621 (3, 4)
32 min. (1, 2) et 1 h 21 min. (3, 4)

mis en ligne le samedi 26 septembre 2026

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