Samedi 14 mars 2026
Concerts & dépendances
Pour accueillir le retour de la soprano russe Anna Netrebko pour cinq représentations dans le rôle d’Amelia du Ballo in Maschera de Giuseppe Verdi, rôle qu’elle vient de chanter pour la première fois à l’Opéra San Carlo de Naples en octobre dernier, l’Opéra de Paris a repris la production sobre réalisée par Gilbert Deflo et William Orlandi en 2007 et réuni une distribution à la hauteur de l’événement.
Et quel événement ! : une soirée parfaite en tous points dominée par la diva russe dans un rôle qui semble taillé sur mesure pour ses moyens vocaux et surtout dramatiques. La Netrebko y a été phénoménale, à la hauteur de sa réputation avec ce timbre chaud et opulant, une virtuosité impeccable et un engagement entier dans un rôle dramatiquement assez invraisemblable mais qu’elle habite complètement. Le ténor américain Matthew Polenzani (Riccardo) et le baryton canadien Etienne Dupuis ont été des partenaires à la hauteur. Deux chanteuses débutaient à l’Opéra de Paris : l’Oscar vif argent de Sara Blanch et l’Ulrica d’Elizabeth de Shong toutes deux parfaites dans ces rôles. Superbes aussi les deux conspirateurs Samuel et Tom chantés respectivement par Christian Rodrigue Moungoungou et Blake Denson.
La production très sombre de Deflo tient formidablement le coup vingt ans après sa création. Elle correspondait à l’époque au goût du public bastillan d’une modernité élégante et dépouillée et remplit toujours son office avec ses statues riches en symboles et son magnifique bal masqué noir et blanc, d’autant que le metteur en scène avait repris son travail et que la direction d’acteurs était tirée au cordeau.
La présence à la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Paris, et de son magnifique chœur préparé par Alessandro Di Stefano, de l’Italienne Speranza Scappuci ajoutait à la perfection musicale de la soirée : direction vive et d’une grande clarté, intensément dramatique et d’une attention constante au travail des chanteurs. Toute l’équipe a été longuement acclamée le soir de la première.
Olivier Brunel 

• Opéra Bastille, première représentation du 27 janvier 2026, 19h30

• Prochaines représentations les 30/01, 2, 5, 11, 14, 17, 20, 23 et 26/02, 19h30 et 8/02, 14h30

• Photo : Anna Netrebko (copyright Benjamin Girette / OnP)
mardi 27 janvier 2026 à 19h26
Exit la production d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski de Willy Decker qui, de 1995 à 2017, a fait de l’usage à l’Opéra Bastille – avec l’interlude de celle réalisée par Dmitri Tcherniakov à Garnier en 2008. C’est au cinéaste et acteur britannique Ralph Fiennes que l’on a fait appel sur le conseil du chef d’orchestre Semyon Bychkov pour les remplacer. Ce dernier, futur directeur musical maison à partir de la saison 2028/29, qui connait en outre l’ouvrage depuis une trentaine d’années – il avait assuré une première parisienne de l’opéra au Théâtre du Châtelet en 1992 – dirigeait ce soir-là cette nouvelle production à guichets fermés.
Ralph Fiennes a opté pour une présentation traditionnelle de l’œuvre avec juste la modernité que lui offre la scénographie cinématographique de Michael Levine, sans grande originalité. Ce sont les superbes costumes d’Annemarie Woods, les chorégraphies originales et parfaitement réglées de Sophie Laplane et les éclairages d’Alessandro Carletti qui donnent à cette production un éclat indéniable. Seule la direction d’acteur déçoit, laissant les chanteurs évoluer dans un statisme plutôt plat. Sans être exceptionnelle, la distribution a le mérité d’être homogène. L’Onéguine de Boris Pinkhasovich assure sans charme vocal, ni charisme physique. De même la Tatiana de Ruzan Mantashyan qui ne fait pas évoluer son personnage en Princesse aux derniers actes. Excellente et espiègle Olga, Marvic Monreal tire son épingle du jeu. Mais c’est le ténor ukrainien Bogdan Volkov qui domine avec un Lenski tout en finesse et beauté vocale, un luxe auquel participent deux ainées, Elena Zaremba la nourrice Filipevna et Susan Graham, Madame Larina, toutes deux plus à l’aise scéniquement. Peu d’éclat pour le Prince Grémine de Alexander Tsymbalyuk et exotisme assuré pour le Triquet de Peter Bronder, rôle pour lequel n’importe quel ténor français aurait pu facilement briller d’avantage. La direction de Semyon Bychkov alterne des moments tonitruants et une volonté de disséquer les couches du tissu orchestral. Le Chœur préparé par Ching-Lien Wu s’est révélé excellent d’un bout à l’autre pour une soirée triomphalement acclamée pour cette première.
Olivier Brunel 

• Palais Garnier, Paris, 26 janvier 2026, 19h30 

• Prochaines représentations les 6, 9, 12, 18, 21, 24 et 27/02, 19h30 et les 1er et 15/02, 14h30

• Photo : Bogdan Volkov (copyright Guergana Damianova/OnP)
Créé en 2020, en période covid, ce festival, conçu par la violoniste Liya Petrova et le pianiste Alexandre Kantorow, a d’abord été virtuel, puis les concerts ont suivi à la salle Cortot, à Paris. Fort de son succès, la Musikfest s’est donc déplacée cette année, 23 et 24 janvier, dans une salle plus grande, celle de la Cité de la musique. La recette gagnante associe de jeunes musiciens brillants, attirant la lumière, associés à des collègues aussi connus qu’eux ou presque, mais également des artistes moins en vue, mais aussi remarquables. En tout, trente-cinq musiciens différents participent aux deux journées de concert.
Liya Pétrova est une violoniste ravissante et gracieuse, vêtue vendredi d’une longue robe blanche, qui faisait son effet. Mais son jeu énergique et précis, et la magnifique coordination avec ses collègues font heureusement partie de son charme. L’autre idée du festival est à une habile programmation, où le classique, baroque ou romantique, s’associe à un répertoire contemporain. Ainsi, vendredi, deux œuvres se sont jouées devant leurs compositeurs, venus sur scène au moment des saluts, et visiblement ravis. Le programme associait donc une œuvre de la toute jeunesse de Ravel, sa Sonate pour violon et piano, joués par Kantorow et Pétrova. Puis Kantorow seul a joué Kalamazoo flow d’Anders Hillborg, œuvre liquide où le piano évolue dans des cascades et des rapides musicaux, virtuoses et séduisants. Cette première partie de soirée se concluait sur le Quatuor avec piano op. 16 n° 1 de Georges Enesco, dernière œuvre de la période parisienne de l’auteur, avec Sarah Nemtanu, Lise Berthaud et Victor Julien Laferriere qui accompagnaient Kantorow. La partition est un peu longue, et pas toujours réussie, malgré la conviction des interprètes. Après l’entracte, première pour violon d’une œuvre de la Bulgare Dobrinka Tabakova, la création de sa version pour alto datant, elle, de 2007. Cette Suite in Old style combine une écriture classique à un style tzigane du plus bel effet – l’occasion de retrouver Jean Rondeau, Liya Petrova, Shyuchi Okada, Charlotte Juillard, Stéphanie Huang et Lorraine Campet. Jean Rondeau, seul, interprète ensuite des pièces de clavecin de Rameau. Et la soirée se conclut sur une partition remarquable de Martinu, son Concerto pour clavecin et petit orchestre, dédicacé en 1935 à Marcelle de Lacour, qui fut l'élève de Wanda Landowska, grande inspiratrice du retour en grâce du clavecin au XXe siècle siècle. Très alerte, le Concerto pastiche avec talent le style baroque, mêlé d’éléments discordants modernistes.
Denis Méchali
• Musikfest, cité de la musique, Paris, 23 janvier

• Photo : Alexandre Kantorow et Liya Petrova © dr
 

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