Mardi 25 août 2026
Furie bordelaise
Redécouverte d’un Mazeppa en vf de 1892

Formée à la composition par Flotow et Saint-Saëns, Clémence de Grandval (1828-1907) eut l’insigne honneur de suivre plusieurs cours de piano avec Chopin. En 1910, Saint-Saëns se souvenait qu’enfant, il fut frappé de l’entendre « et charmé par la tranquillité, la fluidité de jeu, sans nuances inutiles » de la musicienne s’accompagnant elle-même dans sa mélodie La Source, manière que Saint-Saëns attribuait au fait qu’elle avait été l’élève de Chopin. 
Destiné à l’Opéra de Paris, Mazeppa fut accueilli avec succès en 1892… finalement à Bordeaux – là-même où la saison précédente avaient été donné Lohengrin de Wagner (en français) Le Roi de Lahore de Massenet et La Statue de Reyer. Héros romantique par excellence (Byron, Hugo, Pouchkine, Géricaut, Delacroix, Liszt…) Mazeppa devient, à la suite de l’opéra de Tchaïkovski créé huit ans plus tôt, le second ouvrage lyrique inspiré de la figure légendaire, sur un livret confié à Charles Grandmougin et Georges Hartmann. Spécialisé dans la redécouverte d’œuvres tombées dans l’oubli, le Palazetto Bru Zane s’honore une nouvelle fois avec le premier enregistrement mondial de ce grand opéra en cinq actes dont il fallut restaurer la partition à partir de sources différentes. Une édition menée à bien par Marie Humbert, donnée en version de concert à Munich en janvier 2025 et captée à cette occasion. Et c’est toujours en Allemagne qu’en juin dernier, Mazeppa renaissait sur la scène de l’Opéra de Dortmund. Il ne s’agit pas ici de crier au génie ni à la révélation, mais la conduite de l’action dramatique, la fluidité des parties vocales (déjà remarquée par Saint-Saëns tant chez la compositrice que l’interprète) du duo au quatuor, ainsi qu’un plateau vocal de premier ordre hissent sans peine cet ouvrage dans la lignée de ceux de Massenet. D’ailleurs, dans les passages purement instrumentaux, des Préludes bien concis au Divertissement, ballet plus pompeux de l’acte IV, la musicienne cultive une clarté et un raffinement exemplaires – que restitue la direction ad hoc de Mihhail Gerts à la tête des forces munichoises. Fidèle du Palazzetto, le baryton Tassis Christoyannis incarne un Mazeppa aussi convaincant que la Matréna de la soprano Nicole Car. À la suite du coffret « Compositrices » où figuraient déjà à l’affiche deux mélodies et une page de musique de chambre de Grandval (voir ici), voilà qui modifie une fois encore notre perception du répertoire français au tournant du XXe siècle.                                
Franck Mallet
 
Agenda des concerts de Tassis Christoyannis : ici ; de Nicole Car : ici ; de Mihhail Gerts : ici et de l’Orchestre de la Radio de Munich : ici

Grandval : Mazeppa (1892)
Tassis Christoyannis (Mazeppa), Nicole Car (Matréna), Julien Dran (Iskra), Ante Jerkunica (Kotchoubey), Pawel Trojak (L’Archimandrite)
Chœur et Orchestre de la Radio bavaroise
Direction musicale : Mihhail Gerts
2 Livre-CD Palazzetto Bru Zane BZ 1063 (distr. Outhere)
2 h 21 min.

mis en ligne le mardi 25 août 2026

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