Mardi 6 janvier 2026
Concerts & dépendances
Si Pierre Audi était encore de ce monde, peut-être réviserait-il sa mise en scène de Tosca, initialement conçue pour l’Opéra de Paris en 2014, pour tenir compte des interprètes qui se succèdent dans cette production constamment reprise. Il pourrait, par exemple, utiliser le principe rétrospectif qui, depuis plusieurs décennies, nous vaut tant de spectacles où le protagoniste se remémore ses jeunes années : Cavaradossi octogénaire revivrait ainsi les heures mouvementées de ce lointain mois de juin 1800 (bien sûr, le peintre est censé mourir à la fin de l’opéra, mais l’ingéniosité des metteurs en scène se laisse rarement décourager par ce genre d’obstacle). Cela aurait l’avantage de justifier le décalage entre ce que l’on voit et ce que l’on entend. Sur le plan théâtral, Jonas Kaufmann, protagoniste de trois représentations à Bastille, fait encore illusion, mais sa voix est désormais durcie, rétive à l’aigu forte dont l’émission nécessite un effort perceptible ; du fameux chocolat chaud jadis chère aux mémères, on ne retrouve plus la saveur que dans la nuance piano. 
C’est d’autant plus dommage que le reste du trio est en pleine forme. Déjà Tosca dans ce même spectacle en 2022, et peut-être plus convaincante que dans la récente Aida, Saioa Hernández propose un portrait complet de la cantatrice imaginée par Victorien Sardou pour Sarah Bernhardt : scéniquement convaincante, elle maîtrise toutes les facettes musicales du rôle, la véhémence nécessaire mais aussi la douceur d’un superbe « Vissi d’arte », la sensualité de l’amante et la puissance nécessaire à franchir la rampe à Bastille. Quant à Ludovic Tézier, on a peine à croire qu’on ait jamais pu lui reprocher une certaine placidité d’acteur, tant son Scarpia est détaillé par les gestes, les mimiques et les mille intentions dont il pare son jeu. En glorieuse possession de ses moyens vocaux, le baryton français – présent pour trois soirs comme son complice allemand – remporte ici un triomphe mérité, dans un personnage qui lui va comme un gant.
La direction d’Oksana Lyniv surmonte toutes les difficultés liées à l’acoustique de Bastille et laisse admirablement respirer la musique de Puccini sans rien céder de la tension nécessaire. De la mise en scène, somme toute très classique, de Pierre Audi, on retient l’efficacité des deux premiers actes (mais pourquoi faire pivoter de quelques centimètres l’énorme croix qui, surmontée de bastingages, ressemble d’abord à un paquebot ?), malgré le no-man’s-land du troisième où Tosca, privée de tout rebord d’où sauter, ne peut qu’avancer vers l’aveuglante lumière du fond de scène.

Laurent Bury
 
• Puccini, Tosca. Opéra Bastille, lundi 8 décembre 2025, 19h30
 
• Distribution et prochaines représentations, jusqu'au 27/12, puis du 12 au 18/04 : voir ici

• photo : Ludovic Tézier (Scarpia) et Saioa Hernández (Tosca) - Elisa Haberer / OnP 
Laurent Pelly ajoute à son palmarès Offenbach le rare Robinson Crusoé que la France n’avait pas vu depuis la production de Robert Dhéry pour l’Opéra de Paris, en 1986. Le metteur en scène, qui a signé des productions mémorables comme en témoignent les vidéo des opérettes les plus réussies – Belle Hélène et Grande Duchesse de Gerolstein au Châtelet ou Orphée aux Enfers pour l’Opéra de Lyon – sait transformer en une égale réussite les ouvrages plus faibles comme Le Roi Carotte, monté à Lyon, en 2015. Quoique contemporain de La Duchesse de Gerolstein (1867), Robinson Crusoé accuse quelques faiblesses dramaturgiques, avec un acte I interminable quasi vaudevillesque et un dernier un peu bancal, qui tombe à plat après le délire et la féérie bouffe du III ! L’équipe soudée que forment Laurent Pelly, la chorégraphe Chantal Thomas et sa dramaturge Agathe Mélinand qui dope les dialogues désuets d’un soupçon d’actualité, sans oublier le chef d’orchestre Marc Minkowski, ne font qu’une bouchée de l’ouvrage pour le rendre formidable.
Prouesse d’autant plus méritoire qu’aujourd’hui, toucher au colonialisme dont se nourrit le roman de Daniel Defoe et qui a inspiré les librettistes Eugène Cormon et Hector Crémieux, relève de l’équilibre de haute voltige ! À l’insularité commuée en misère des grandes villes avec ses sans-abris et leurs tentes de fortune au pied des immeubles de luxe et l’anthropophagie assimilée au fast food, s’ajoutent des pirates mercenaires et des sauvages clones de Donald Trump à moumoutes blondes et cravates rouges. Réglées au millimètre, la direction d’acteurs et la chorégraphie de Chantal Thomas, toujours virtuose pour transformer en mouvement l’ivresse de la musique, transmettent au spectateur d’aujourd’hui ce qu’a pu être le vertige éprouvé par celui du Second Empire. On n’est pas près d’oublier la performance de Julie Fuchs (Edwige, fiancée de Robinson dans le livret romancé de la version opérette) chantant le tube : « Conduisez-moi vers celui que j’adore » en petite tenue sans perdre une once de ses moyens vocaux ni de son charme, tandis que de vilains sauvages aux pieds verts l’entraînent dans une chorégraphie infernale. 
Autour d’elle, la distribution est un sans-faute absolu avec Sahy Ratia Robinson infaillible vocalement, Adèle Charvet débordante de tendresse dans le rôle travesti de Vendredi, Rodolphe Briand truculent Jim-Cocks et le chœur Accentus. La partition orchestrale n’accuse elle aucune faiblesse avec des pages exquises pour les intermèdes. Les Musiciens du Louvre, leurs excellents vents et violoncelles lui rendraient pleine justice s’ils n’étaient trop souvent poussés par Marc Minkowski à des extrêmes sonores et des brutalités rythmiques qui restent le seul point faible de cet excellent spectacle qui a remporté le soir de la première un triomphe public.
Olivier Brunel

• 1er décembre à Paris, Théâtre des Champs-Élysée

• Prochaines représentations les 8, 10 et 12/12 (19 h 30) et 14/12 (17 h)

• Photo : Julie Fuchs (Edwige) et Sahy Ratia (Robinson) - (c) Vincent Pontet
Complicité familiale avec Emilija Zukauskaite (piano) et Giedrius Zukauskas (violoncelle) 
 
Soirée de musique de chambre parfaite, dans la petite salle chaleureuse de l’Accord Parfait. Quarante spectateurs pour entendre un frère et une sœur, à la complicité évidente, jouer les deux sonates pour piano et violoncelle de Fauré, œuvres tardives du compositeur, datant de 1917 et 1921 – Fauré disparaît en 1924. La soirée débute par la Romance en La majeur (1894), courte pièce de trois minutes environ, où le violoncelle, rêveur, chante avec lyrisme et passion. La sonate n° 1 en ré mineur, composée durant la Grande Guerre, accuse un caractère âpre, heurté et rugueux avec son 1er mouvement. À l’opposé, le second, plus intérieur, oppose le magnifique chant contemplatif du violoncelle. Le troisième, très animé, représente l’espoir d’un renouveau après la guerre, comme le suggère la pianiste dans sa présentation. Seul autre compositeur présent de façon brève dans cette soirée Fauré, une Romance oubliée S 132 de Liszt. La  version violoncelle piano est la transposition d’une version pour alto et piano, souvenir d’enfance des interprètes : leurs parents musiciens la jouaient à la maison. Puis la sonate n° 2 en sol mineur est donnée avec fougue. Créé au départ pour commémorer le centenaire de la mort de Napoléon, on retrouve cette inspiration dans le second mouvement – le violoncelle, solennel et grave, ayant remplacé les vents de la version initiale ; le Final est bien enlevé, jubilatoire et pétillant, virtuose et effervescent. Tout naturellement, les interprètes récompensent le public, ravi, avec la célèbre Élégie en ut mineur, composée en 1880, d’une veine lyrique égale à la Romance. Puis Papillons, brève pièce de 1884, fait virevolter un violoncelle virtuose. Enfin, le dernier bis honore Ciurlionis, compositeur et peintre Lituanien défendu avec ardeur, et chéri par le couple d’interprètes – eux même Lituaniens. Ils vivent désormais en Allemagne, pour Giedrius, en France pour Emilija. Celle-ci a complété son cursus en France, et a notamment obtenu un diplôme de l’institut Alfred Cortot en 2023. Elle a travaillé avec la pianiste Muza Rubackyte, qui donnera elle-même bientôt un récital à Paris, Salle Gaveau, au bec au programme une œuvre de Ciurlionis. Rarement jouées ensemble, les deux sonates de Fauré furent mise en valeur de façon remarquable lors de cette soirée, si magique.
Denis Méchali
• 24/11 à Paris, l’Accord Parfait (47, rue Ramey, 18e)

• Le 12/12 à Paris, Salle Gaveau, récital de Muza Rubackyté

Photo © N. Kiznis
Réinventer Faust !

Énième tentative de mise en scène de la légende dramatique La Damnation de Faust d’Hector Berlioz (1846), celle de Silvia Costa pour le Théâtre des Champs-Élysées n’échappe pas à la déception. Pendant des années, cette Damnation était une merveilleuse pièce de concert qui, malgré son découpage en tableaux, possédait grâce à sa dramaturgie interne et à la force du texte adapté de Goethe par Gérard de Nerval, la capacité de permettre au spectateur de rêver son Faust. Une seule fois, en 2001, on a cru au miracle avec la mise en scène pour l’Opéra de Paris par Robert Lepage, metteur en scène canadien virtuose de la vidéo, des éclairages et de la direction d’acteurs. Le travail scénique proposé au Théâtre des Champs-Élysées par Silvia Costa qui signe une mise en scène brouillonne, une scénographie d’une grande laideur et des costumes sans imagination ne montre jamais au spectateur ce que le texte dit et vice versa. « Réinventer Faust « n’est pas une mince affaire, d’autant plus que l’idée de base – le héros est un ado un peu paumé vivant entouré de nounours dans une chambrette – fait vite long feu : rien ne permet à la légende d’exister scéniquement et tout distrait inutilement l’oreille.
Dommage ! car si elle n’est pas idéale, la distribution réunie a des atouts mais aussi des angles. On y attendait Benjamin Bernheim, le ténor vedette de l’opéra français. Il se plie sans mal aux étranges exigences scéniques, Sa diction est toujours impeccable et il possède les redoutables aigus du duo d’amour et l’endurance du souffle pour son air d’entrée, mais on reste sur sa faim pour ce qui est du phrasé berliozien si particulier qu’il ne maîtrise pas encore. La mezzo-soprano russe Viktoria Karkacheva (Marguerite), elle aussi de belle diction et dont le programme de salle nous apprend qu’elle a un timbre « rond » (!), chante ses airs et duos avec une voix belle, saine et qui projette bien. Ce qu’on fait de son personnage sur scène ne dessert pas sa prise de rôle. L’Américain Christian Van Horn est plus basse que baryton-basse, sa diction est imparfaite, cela enlève beaucoup de crédibilité à sa caractérisation un peu fantaisiste de son Méphistophélès. Le Chœur de Radio France qui accumule les petits décalages n’a pas su donner sa force de personnage qu’il a dans cette partition. L’Orchestre Les Siècles jouant sur instruments d’époque malgré la direction très énergique et attentive aux chanteurs de Jakob Lehmann n’a pas réussi à insuffler le souffle berliozien que l’on attend tant dans cette légende dramatique. On ajoutera, au discrédit de cette soirée tiède, que l’entracte qui coupe sans raison artistique l’action est pour beaucoup un mieux mais toujours l’ennemi du bien. 
Olivier Brunel
 
• Soirée du 3/11 au Théâtre des Champs-Élysées, Paris
 
• Prochaines représentations les mercredi 12 (19h30) et samedi 15/11 (18h)
 
photo : Viktoria Karkacheva (Marguerite) et Benjamin Bernheim (Faust) © Vincent Pontet
mercredi 22 octobre 2025 à 21h40
Florent Albrecht et son ensemble L’Encyclopédie donnaient un concert lundi soir 20 octobre à la Salle Gaveau. La salle était pleine, avec un public très familial et de nombreux enfants. Le programme était consacré à Mozart, père et fils, Léopold et Wolfgang, et les musiciens ont pris un soin tout particulier pour rendre la musique et la soirée le pus accessible. Malgré tout, quelques personnes, sans doute trop éloignées de cette musique savante, sont parties avant la fin, et parfois même au milieu d’un mouvement ou d’une modulation, émouvante pour le mélomane.
La soirée avait un lien direct avec la parution d’un disque chez Harmonia Mundi, avec juste un changement par rapport à l’enregistrement ;  Le CD se termine par une œuvre étonnante de Mozart (Wolfgang) : La Plaisanterie musicale, œuvre composée juste après la mort de Léopold, et qui est sans doute un hommage tendre et plein d’humour du fils à ce père si important dans sa vie.  A sa place,  Florent Albrecht et son orchestre ont choisi de jouer le très beau concerto en do majeur n° 13, Kv 415, datant de 1783, au piano forte, car Albrecht se revendique fermement « Pianofortiste », dans la lignée de musiciens comme Paul Badura Skoda, l’un de ses inspirateurs.  Fondé en 2020, L’Encyclopédie se veut « historiquement informé », au plus près de ce qu’ont pu être l’esprit et la façon de jouer de l’époque. Florent Albrecht, lui-même âgé de 50 ans, a eu un parcours un peu singulier, avec « une première vie » dans l’industrie du luxe et l’organisation d’évènements, avant de se remettre sérieusement à la musique, avec un diplôme obtenu à Genève en 2018. Il mène alors une carrière en solo, et enregistre un album consacré aux nocturnes de John Field (1783/1837), puis aux Fantaisies de Mozart. Pour ce programme, il a travaillé tout particulièrement avec Jean François Madeuf, trompettiste, qui a fait fabriquer, à partir d’un modèle présent sur un tableau, une petite trompette jouet, ainsi qu’avec David Joignaux, percussionniste qui, lui, s’en est donné à cœur joie avec plusieurs collègues pour faire sonner les grelots des chevaux, un fouet, une crécelle, un chant de rossignol, un appeau de caille et à coucou, et on en passe ! On a même droit au partage de coupe de champagne en cours d’interprétation.
L’idée est donc de montrer la volonté de fantaisie, de joie simple et de fête familiale visée par Leopold Mozart dans sa symphonie des jouets, et dans la promenade en traineau, où on suit le voyage, les tremblements de froid de la princesse,  le passage dans la forêt avec les bruits de la nature. Les musiciens s’amusent et nous amusent tout en jouant remarquablement, et on peut apprécier le vrai talent de Leopold, malgré tout vite dépassé et éclipsé par le génie de son rejeton.
Denis Méchali
 
Le 20/10 à Paris, Salle Gaveau

« Kindermusic »   1CD, durée 57 minutes. HMM 905399. Harmonia Mundi - octobre 2025.
 
• Florent Albrecht en concert le 13/11 à Genève (Fondation-Musée Zoubov/"Mozart,Haydn & Cie") : L’Encyclopédie le 13/12 à Genève (Fondation-Musée Zoubov/Symphonies de Beethoven et Hummel)
mardi 30 septembre 2025 à 09h39

Des contes de Nicklausse ?

On est sorti de la Salle Favart plutôt dépité après y avoir vu et entendu Les Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach réduits à une version tronquée, tronçonnée même, aux dialogues réécrits dans une adaptation que l’on n’hésitera pas à qualifier de « pour les nuls » tant elle nous semble ne pas faire confiance, voire faire injure, au public cultivé et considéré comme une des plus traditionaliste de la capitale (mais le public change…).
 Injure aussi aux musicologues Michael Kaye et Jean Christophe Keck qui ont inlassablement travaillé des années pour établir une partition aussi complète que possible de cette oeuvre testamentaire laissée pour incomplète à la mort du compositeur ? La présence d’un texte de Jean Christophe Keck dans le programme de salle cautionnerait t-elle l’option d’avoir confié à Lotte de Beer (directrice du Volksoper de Vienne) une adaptation de l’œuvre qui lui permet de rentrer dans le format « trois heures entracte inclus » pour son retour dans deux des lieux emblématiques de sa création (sur les quatre de la coproduction) :  Paris et Vienne ? Précisons que l’adaptation suppose des coupes sombres dans la musique et que, ayant opté pour la version dite « Guiraud » avec dialogues parlés, elle comporte une réécriture complète des dialogues. Les nouveaux dialogues signés par Peter te Nuyl, dramaturge de l’équipe, censés faire avancer l’action brouillent souvent les pistes de la compréhension, tirent vers le bas par leur trivialité le style de l’œuvre mais surtout, étant confiés principalement à La Muse d’Hoffmann, personnage clé dans la partition complète de Kaye et Keck, ils confèrent à ce personnage une mission de donneur de leçon à Hoffmann sur sa moralité, son essence poétique et son attitude vis à vis des femmes. Est-on toujours chez Offenbach/E.T.A Hoffmann/Carré et Barbier ? 
La production signée Christof Hetzer pour les décors et Jorine van Beek pour les costumes nous a paru (soyons charitable) bien modeste avec son décor unique plutôt défraîchi et ses bien laids costumes contemporains : Hoffmann est fagoté comme un Rodolfo de La Bohème dans un théâtre pauvre. Une option bien décevante à Paris qui a connu depuis un demi-siècle des production des Contes déjà légendaires. Dans un espace étriqué, la direction d’acteurs pèche par son approximation et par des idées saugrenues comme de faire tomber constamment le rideau pour jouer les scènes « capitales » à l’avant-scène, d’abuser des doubles d’Hoffmann ou de faire changer les accessoires de taille : la poupée assise de cinq mètres de haut par exemple ne permet pas à la scène « clé de l’automate » de se dérouler comme prévu. L’acte de Venise est lui méconnaissable… Bref c’est une adaptation dont on aurait dû avoir l’honnêteté de prévenir le public comme le font désormais les théâtres qui proposent des révisions de pièces du répertoire « d’après Shakespeare » ou « d’après Tchekhov ». L’Opéra de Lyon pour l’inauguration de la salle de Jean Nouvel en 1993 avait eu celle de nommer son spectacle adapté pour cause de moyens : « Des Contes d’Hoffmann… ». 
Pour la musique, le chœur Ensemble Aedes et l’Orchestre philharmonique de Strasbourg – le premier coproducteur où a été créé ce spectacle en janvier dernier –, sous l’excellente direction de Pierre Dumoussaud – dont on peut s’étonner aussi, texte dans le programme à l’appui, qu’il cautionne le tronçonnage de la partition –, ont parfaitement dompté l’acoustique singulière de la Salle Favart. La distribution très inégale a été diversement commentée par les différents observateurs. Il nous a semblé que le formidable ténor Michael Spyres n’était pas au mieux de sa forme le premier soir, mais peut être était-il mal à l’aise dans cette étrange réalisation ? Amina Edris qui cumulait les quatre rôles féminins n’était satisfaisante dans aucun, avec une diction non parfaite : coloratures d’Olympia approximatives avec suraigus chantés à l’arraché, peu sensuelle pour Antonia. Pour les quatre rôles « noirs » ce n’est pas la diction qui faisait défaut à Jean Sébastien Bou mais plutôt le grave du registre et aussi la prestance scénique inhérente à ces parties diaboliques. 
C’est bien sûr La Muse/Nicklausse d’Héloïse Mas qui a emporté l’adhésion du public (les publics changent…) pour son indéniable présence scénique mais il nous a semblé qu’elle tirait trop souvent la couverture à elle au détriment de la vérité des autres personnages, notamment du rôle éponyme. Alors, « Des Contes de Nicklausse » ???
Olivier Brunel

• Salle Favart le 25 septembre 2025

• Prochaines représentations les 29 septembre, 1er et 3 octobre, 20h et 5 octobre, 15h

• Photo : Jean-Sébastien Bou (Lindorf/Coppélius/Miracle/Dapertutto) et Michael Spyres (Hoffmann) DR Stefan Brion
Soirée « Prems » à la Philharmonie de Paris 
 
Maris Nelsons dirige la Symphonie Réformation de Mendelssohn, puis Un Requiem allemand de Brahms, avec l’orchestre du Gewandhaus de Leipzig.  Les « Prems » sont un décalque  des « Proms » de Londres, avec l’idée, selon Olivier Mantei, directeur du lieu : « de faciliter l’accès à la musique, par des prix accessibles et par la souplesse de l’accueil. » Pour ces premières Prems, entre le 2 et le 11 septembre, 470 sièges d’orchestre ont été retirés, faisant place à 700 spectateurs débout, au prix de 15 euros la place adulte… et 11 euros pour les moins de 27 ans. À vue de nez, et sans valeur statistique, l’objectif d’attirer un public différent et  plus jeune semblait atteint,  Les spectateurs se pressaient en bas, et finalement les 2600 places de la salle étaient quasiment toutes occupées. Le programme du jour ramenait à la foi Luthérienne, la Symphonie Réformation ayant été composée pour l’anniversaire des 300 ans de la confession  d’Augsbourg, texte important du Luthérianisme. Mendelssohn, d’origine juive, était converti, et sa foi, fervente. Symbole supplémentaire de la soirée, Mendelssohn fut lui-même directeur de ce même orchestre de Leipzig durant 10 ans. L’œuvre a un contenu spirituel explicite, magnifiquement mis en valeur par l’orchestre et son chef. Les différents pupitres, bois, cuivres, cordes, s’exprimaient avec la clarté et la cohérence d’un orchestre rodé au travail commun. En seconde partie, Un Requiem allemand était magnifiquement présenté, avec un chœur somptueux de plus de 120 choristes préparés par Richard Wilberforce. Le sur-titrage permettait de suivre les paroles, Brahms a composé une œuvre d’apaisement et de consolation, sans note tragique ou de colère divine : confiée aux solistes Julia Kleiter et Christian Gerhaher – le baryton Allemand y montrait davantage d’émotion et de recueillement dans son interprétation.
Denis Méchali
Le 3 septembre 2025, Paris, Philharmonie de Paris 

photo : © DR

Prochains concerts : le 5/09, Mahler par le Philh de Berlin, dir. K. Petrenko, 7/09, Verdi, Rossini par l’Orch de la Scala de Milan, dir. R. Chailly et 10 et 11/09, V. Lucas, Copland, Gershwin, Tower et Varèse par l’Orch de Paris, dir. K. Mäkelä
Le 10 juillet 2025 concert dans l’écrin original du cirque du manège de Reims, et le cadre d’un « Festival Flâneries, concerts pique niques ».  Les deux artistes ont fait chavirer le public  en jouant l’essentiel du CD « Bach Mirror » enregistré en 2021, qui a eu un retentissement mérité. En public, les deux artistes, qui avaient déjà joué ensemble dans la même salle en 2015, sont chaleureux, simples, expliquant alternativement quelques-unes de leurs techniques ou de leurs intentions. Thomas Ehnco est un pianiste de jazz et un pianiste classique, et Vassilena Serafimova est une percussionniste virtuose, très brillante, devenue ambassadrice du marimba. Ce grand xylophone à touches de bois produit un son doux, rond, chaud, qui porte et conduit le duo marimba piano, et les transcriptions d’œuvres de Bach.  Sans minimiser le talent d’Ehnco, le marimba n’est pas un « nième » gadget destiné à montrer les infinies possibilités de la musique du génial Jean Sébastien, mais permet de susciter un tourbillon d’émotions, en entendant Jésus que ma joie demeure, ou une transcription inspirée par la Chaconne de la Partita n° 2 pour violon, ou « Reflets » ou « Avalanches », titres donnés à des extraits du Clavier bien tempéré, avec des improvisations sur le thème de base. La complicité de ces deux-là est ancienne, ils travaillent ensemble depuis 2009, ont créé un duo et un disque « Funambules » en 2011 (voir ici). Leur répertoire mêle les styles, les rythmes, les timbres, de façon aussi savante que fluide. Ainsi Ehnco modifie le son des basses du piano en installant de la gomme « patafix » sur son instrument, et Serafimova  recouvre  à un moment son marimba de grands rouleaux de scotchs, qu’elle arrachera prestement quelques minutes plus tard...  En bis, ils joueront une composition folklorique bulgare, histoire de rappeler les origines de Vassilena, et une part de son répertoire. Une magnifique soirée, dont le public ressort euphorique et ravi.

Denis Mechali
 
Le 10 juillet 2025, Reims, Cirque du manège 

• En duo le 12/09 à Santar (Portugal) : « Bach Mirror »

• Vassilena Serafimova le 18/07 à Paris (Jardin des Tuileries), le 24/07 avec Rémi Delangle à Vendôme (Fest Quatuor à Vendôme) et le 27/07 avec Hélène Escriva à Menton (Palais de l’Europe)

• Thomas Ehnco avec D. Tepfer le 19/07 à Nancy (2 pianos) ; les 22/07 à Léognan,  24/07 à Monaco, 26/07 à La Romieu, 4/08 à Biarritz, 13/08 à Arradon,  20/09 à Hambourg, 24/09 à Sète et 29/09 à Paris (TCE) : « Mozart Paradox ». 

Photo : © Frank Loriou / Sony Music
L’Orchestre Métropolitain de Montréal fondé il y a 44 ans est lié aujourd’hui à la personne du chef québécois Yannick Nézet-Séguin qui le dirige depuis 25 ans, par un contrat de directeur musical à vie. Excellent chef de fosse et désormais directeur musical du Metropolitan Opera de New York, Nézet-Séguin développe également une importante activité dans le domaine symphonique. Si chacun des concerts que nous avons entendu dirigés par lui a toujours apporté son lot de relatives déceptions, ce concert parisien – étape d’une tournée européenne qui passait par Montréal, Bruxelles, Vienne, Hambourg et Baden Baden – se révéla franchement frustrant mais sauvé par la formidable prestation du pianiste Alexandre Kantorow. Le copieux programme s’ouvrait par La Valse de Ravel, belle démonstration des individualités instrumentales de cette phalange, mais dirigée avec un énergie et une épaisseur qui privait l’œuvre de sa finesse et excluait tout mystère. La courte composition Eko-Bmijwang Aussi longtemps que la rivière coule ») inspirée par l’eau de la compositrice anichinabée Barbara Assiginaak (née en 1966) et créé en 2021 par les mêmes, coulait avec une infinie poésie comme le fleuve Saint-Laurent dont elle se veut l’écho.
Le 2e Concerto pour piano de Camille Saint-Saëns semble avoir été composé pour les doigts, la sonorité pleine et pour le style d’Alexandre Kantorow. C’est certes celui de ses débuts à la scène et au disque sous la direction paternelle (Bis), et il en maîtrise si bien la sagesse néo-classique, la fantaisie mélodique et les envolées dans ses trois mouvements que l’on demeure fasciné – presque au point d’oublier une direction bien épaisse. La Symphonie n° 6 dite Pathétique de Tchaïkovski dirigée en force et toujours dans l’excès montrait certes l’excellence des musiciens québécois, notamment vents et cuivres tout à fait en valeur, mais ne permettait pas de percer les mystères de cette oeuvre atypique. 
Olivier Brunel

Paris (Philharmonie), 24 juin (photo ©) Arthur Elgort)

Alexandre Kantorow avec le SWR, dit. A. Orozco-Estrada les 10/07 à Freiburg (Brahms, Concerto pour piano n°1), 12 et 13/07 à Grenade (Brahms, Concertos pour piano 1 & 2) ; avec R. Capuçon (v) le 15/07 à Bad Kissengen (Brahms) ; avec R. Capuçon (v), L. Power et V. Julien-Laferrière le 16/07 à Wupperthal (Brahms) ; avec l'Orch. phil. de Marseille, dir. L. Foster le 22/07 à La Roque d'Anthéron (Brahms) ; avec le Scottish Ch. Orch.,dir. M. Emelyanychev le 25/07 à Londres (BBC Proms, Saint-Saëns) ; avec l'Orch du Fest de Verbier, dir. T. Currentzis le 31/07 à Verbier (Rachmaninov, Rhapsodie sur un thème de Paganini) ; avec le Phil. de Hong Kong, dir. J. Van Sweden le 31/08 à Amsterdam (Rachmaninov) ; récital Bach/Liszt, Medtner, Rachmaninov et Bach/Brahms le 4/09 à Hagen-Haus, Liechtenstein ; avec l'Orch phil royal, dir. V. Petrenko le 12/09 à Bucarest (Liszt) ; récital Bach, Liszt et Chopin le 20/09 à Sainte Marie du Mont ; avec l'Orch de Strasbourg, dir. A. M. Patino-Osorio le 26/09 à Strasbourg et 27/09 à Thaon-les-Vosges (Prokofiev, Concerto pour piano n° 3).
mardi 10 juin 2025 à 08h03
Cette deuxième reprise de la production de 2020 de Manon de Jules Massenet d’après l’Abbé Prévost, signée par Vincent Huguet qui fut l’assistant de Patrice Chéreau, retrouve pour ses premières représentations la distribution de sa création. On admire toujours sa somptueuse mise en scène qui transpose l’action dans les Années folles avec une direction d’acteurs impeccable, même si on ne comprend pas très bien l’ajout du rôle de Joséphine Baker et qu’on déplore plusieurs libertés avec le livret (certaines ont heureusement été corrigées). Les décors monumentaux d’Aurélie Maestre évoquent l’architecture des années 1920, et les costumes de Clémence Pernoud sont constamment magnifiques. Très originale avec son ballet de cabaret, la chorégraphie réglée par Jean-François Kessler est admirable de fantaisie.
Un peu déçu de ne pas revoir le couple Nadine Sierra - Benjamin Bernheim, si parfait dans le Roméo et Juliette de Gounod au Metropolitan Opera la saison dernière, on retrouve avec bonheur la soprano égyptienne Amina Edris qui maîtrise toutes les facettes du rôle complexe de Manon avec une excellente diction et un Benjamin Bernheim en belle santé vocale dont c’est, avec Faust et Hoffman à notre avis, le meilleur rôle. Roberto Alagna lui succédera dans la deuxième série de représentations. Excellents aussi, le Lescaut d’Andrzej Filończyk et le Guillot de Morfontaine plutôt jeune de l’Australien Nicholas Jones. On a particulièrement apprécié la sobriété et la noblesse de Nicolas Cavallier dans le rôle du Comte des Grieux et retrouvé avec émotion dans celui, très épisodique, de l’Hôtelier le vétéran de la maison, Philippe Rouillon. Dirigés avec beaucoup de subtilité et d’efficacité par Pierre Dumoussaud, récemment nommé directeur musical de l'Opéra de Rouen-Normandie, l’Orchestre et les Chœurs de l’Opéra de Paris sont ici à leurs niveaux superlatifs.
Olivier Brunel
Opéra Bastille, le 1er juin 2025
Prochaines représentations les 11, 14, 17 et 20 juin, à 19 h
Photo : Amina Edris (Manon) & Benjamin Bernheim (Le Chevalier des Grieux) © Sébastien Mathé /Opéra de Paris
 

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