Vendredi 9 octobre 2026
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Livre - Rital Strohl ou l’art total
lundi 28 septembre 2026 à 18h33
L’ouvrage d’Agnès Boucher consacré à Rita Strohl (1865-1941) vient à point nommé couronner trois volumes dévolus à la compositrice par La Boîte à Pépites (6 CD entre 2022 et 2024) au sein d’un catalogue varié de mélodies, musique de chambre et orchestre – voir ici et encore ici). Pour qui y a découvert et apprécié un nombre non négligeable de partitions, ce parcours sur la vie et l’œuvre de Strohl révèle une personnalité singulière — déjà bien perceptible dans sa musique. Ancrée très tôt dans un milieu artistique, intégrant le Conservatoire de Paris à l’âge de 13 ans, tout en étudiant la composition auprès d’André Barthe, ancien Grand prix de Rome, Rita, née La Villette, revient en Bretagne exercer une activité musicale et y épouser un futur officier de marine. À Paris et Meudon, elle connaîtra plusieurs exécutions de ses œuvres pour lesquelles l’auteur a retrouvé critiques, échanges de lettres dont le témoignage capital de la fille de la compositrice, Marie-Louise, devenue conservatrice de l’œuvre de sa mère, qui lui légua en outre tous ses manuscrits. On réécoutera ainsi le cycle des Chansons de Bilitis d’après Louys (1900), les mélodies avec orchestre, dont Les Cygnes (Rodenbach) et La Cloche fêlée (Baudelaire), cette vaste Symphonie de la forêt (1901/03), jouée à l’époque uniquement dans sa réduction pour 2 pianos, ou encore cet important corpus de musique de chambre dévoilé récemment, à l’aune des commentaires recueillis. On remarquera que les critiques, pour la plupart, l’accusaient de « debussysme » ; ainsi La Patrie, à propos de ses Trois préludes pour orchestre créés aux Concerts Lamoureux sous la baguette de Chevillard en 1904, déclara que Mme Strohl était : « trop férue de dissonances et de combinaisons orchestrales ultramodernes ! ». Agnès Boucher a raison de rappeler qu’avec son second époux ainsi qu’avec le peintre Odilon Redon, Rita réalisa un théâtre en plein air, La Grange : « projet artistique et spirituel d’ampleur, voire un peu fou (…) Petit Bayreuth, aux portes de Paris » avec son orchestre invisible dans une fosse de 120 mètres carrés, une scène de huit mètres d’ouverture et de seize mètres de profondeur destiné aux ouvrages lyriques. Le lieu existe toujours…                                         
Franck Mallet
 
• Agnès Boucher, À la recherche de Rita Strohl, L’Harmattan, 299 p., 30€
 

Le cabinet de curiosités
 
Anciens sujets par thème
 

Anciens sujets par date
2026
2025
2024
2023
2022
2021
2020
2019
2018
2017
2016
2015
2014
2013
2012
2011
2010
2009