Ce « livre disque » intéresse musicalement, agace un peu parfois, et séduit finalement. La partie non musicale est copieuse : 128 pages pour présenter le projet en Français, en Anglais et en Japonais. Les interprètes sont le trio Georges Sand, l’altiste Violaine Despeyroux et la joueuse de Koto Mieko Miyazaki, grande interprète et ambassadrice de son instrument, une cithare Japonaise. Puis les deux compositeurs Japonais, Misato Mochizuki et Dai Fujikura, qui proposent deux œuvres originales, commandes de Radio France, insérées entre celles de Mozart, l’une d’elles étant pour quatuor avec piano et koto.
Le trio Georges Sand, créé en 2005, réunit la violoniste Virginie Buscail, la pianiste Anne Lise Gastaldi et la violoncelliste Diana Ligeti. Ces musiciennes ont créé en 2020 un label, Elstir, dont le nom révèle l’ambition : lier musique, littérature et d’autres arts, sous le parrainage de Marcel Proust. Pour ce projet un peu fantaisiste d’un voyage de Mozart au Japon, les musiciennes ont mobilisé l’auteur d’un « Dictionnaire amoureux du Japon », y ayant vécu plus de 30 ans, Richard Collasse, qui donne libre court à son imagination érudite : Il compose ainsi cinq lettres imaginaires de Mozart, à sa chère Constance, à sa sœur Nannerl, à Haydn, à Puchberg, et enfin à son guide au Japon, un certain Geino. Celle à Haydn permet de partager des réflexions musicales sur la composition et le métier, celles à Puchberg de raconter des anecdotes de voyages, certaines assez lestes, le divin Mozart ne restant pas insensible au savoir-faire d’une geisha nommée « Demoiselle Papillon », une estampe venant à la rescousse de notre imagination. Enfin, comme « Papa Haydn », le guide devient « Papa Geino » – « Pa-Pa… ? » Oui c’est cela.
Il y a aussi les dessins de Balthus pour les décors d’un Cosi fan Tutte donné à Aix en Provence en 1950, dont la présentation est faite par Setsuko Klossowska de Rola, qui fut l’épouse de Balthus, et qui est depuis sa disparition défend l’œuvre. Elle parle de la passion de Balthus pour Mozart, durant sa vie entière. Enfin, pour la musique, Jean Michel Ferran, musicien et musicologue, a réalisé plusieurs transcriptions, réductions pour quatuor à cordes de l’ouverture de Cosi Fan Tutte, de la sérénade de Don Giovanni pour trio à cordes et koto, qui donne un joli écrin à l’écoute du koto, en lieu et place de la mandoline. Les autres transcriptions sont moins convaincantes. Mais le CD comporte, en introduction et en guise de conclusion deux quatuors à cordes, celui en mi bémol majeur K 493 et le quatuor n° 1 en sol mineur K 478. Ces deux merveilles sont défendues avec finesse et élégance par les musiciennes. Les deux œuvres originales sont ténues et raffinées, donnant un complément convaincant à ce voyage imaginaire, et surtout à cet hommage à un Mozart génial et facétieux.
Denis Méchali
• Le voyage imaginaire de Mozart au Japon, Livre-CD Elstir collection, ENP 019 (distr. Outhere), 128 p., 1 h 17 min
• Prochains concerts du trio Georges Sand : les 23/06 au Château de la Roche Guyon (95), avec A. Duperey (Fest Colette « Un temps pour elles ») et 27/08 à Wissemburg (67 : « Mozart au Japon » avec V. Despeyroux et M. Miyazaki