Mercredi 28 janvier 2026
Le cabinet de curiosités par François Lafon
Aida à l'Opéra Bastille, problématiques croisées 2
jeudi 18 février 2021 à 23h01
En direct de l’Opéra  Bastille sur Arte Concert : Aida de Verdi, mis en scène par la Néerlandaise Lotte de Beer. Des travaux pratiques grand format après la théorie exposée lors du récent point presse-maison (voir ici), l’ouvrage, politique dès sa création (l’ouverture du Canal de Suez), concentrant les thèmes liés à la représentation actuelle des produits du colonialisme triomphant. « La guerre entre l’Égypte et l’Éthiopie dépeint le conflit culturel entre l’Europe et ses colonies : un choc des « arts du monde » dans un musée d’Europe où tout se trouve classé ; une secousse poignante de langages corporels théâtraux », annonce Lotte de Beer. Le procédé n’est pas nouveau, lancé par la version muséale de Pet Halmen à Berlin (1995). Sans être aussi chargée que la relecture tanks et charniers d’Olivier Py (Bastille, 2013), la démonstration reste contraignante, jeu redondant entre mélodrame bourgeois (les colonisateurs-visiteurs en costumes 1870) et tragédie antique (les colonisés-exposés, superbes momies-marionnettes maniées à vue, accompagnées de leur double chanteur), la « secousse corporelle » (beau travail de la Zimbabwéenne Virginia Chihota) ne concernant pas moins les suivantes d’Amneris en guêpières, le Triomphe de Radames en tableaux vivants à la gloire de la suprématie occidentale ou le final au milieu des marionnettes inertes. Mais Aida étant un opéra intimiste dans un cadre qui ne l’est pas, la caméra de François-René Martin recentre habilement le propos. Et quel plateau : Sondra Radvanovsky (Aida) et Ludovic Tézier (Amonasro), voix glorieuses et style imparable, parvenant à exister autrement qu’en ombres de leur marionnette, Jonas Kaufmann (Radamès), jamais avare de nuances et très à l’aise dans ce cadre décalé, Ksenia Dudnikova, Amneris Second Empire, imposante autant que bien chantante. Direction à l’avenant de Michele Mariotti, dynamisante sans être clinquante, orchestre et chœurs en grande forme, audiblement ravis de reprendre du service. On imagine l’ovation de la salle… comme un avant-goût du monde d’après.
François Lafon

Sur Arte Concert jusqu’au 25 février, sur Arte le 21 février à 14h05, au cinéma ultérieurement. En différé sur France Musique le 27 février
Photo © Vincent Pontet/ONP

 

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