Dimanche 19 juillet 2026
3 x 3
Complicité et maturité à la hauteur du discours musical de Bach avec Odile Edouard et Freddy Eichelberger

Trois CD, plein de beauté, d’amitié et d’érudition non pesante : sept sonates en trio de Bach, pour clavier et violon, complétés de deux sonates pour violon et basse continue. Trois CD avec 3 violons différents et 3 orgues différents ; deux interprètes, la violoniste Odile Edouard et le claviériste, Freddy Eichelberger, ici à l’orgue, mais aussi à l’aise aux clavecins, dans leur diversité – clavecins, virginal, épinette, clavicorde électro acoustique… et bien d’autres encore. Familier autant dans l’impro, il a pu dans sa carrière accompagner des films muets, accompagner une chanteuse indienne, des  jazzmen ou superviser, au temple du Foyer de l’Âme (Paris, 11e) une intégrale des cantates de Bach, débutée en 2000 et achevée vingt-quatre ans plus tard.
Trois orgues modernes, un Denis Londe de 1997 – église Saint Louis de Saint Étienne en Haute Loire –, un Jean Marie Tricoteaux de 1993 – temple de Boudry, à Neuchâtel, en Suisse –, et enfin l’orgue Quentin Blummenroeder de 2009, celui du temple du Foyer de l’Âme. Ils dialoguent et se mêlent magnifiquement aux trois instruments choisis par Odile Edouard.  Deux violons  lui appartiennent et le troisième, un prêt. Le premier violon, un Aegidius Klotz de 1700, a été le premier violon d’Odile Edouard, acheté lorsqu’elle avait 14 ans, et qui, à part une sérieuse révision en 1988 ne l’a jamais quitté, confiant : « Je ne me suis jamais lassé de toute sa belle poésie après toutes ces années » et imaginant, après avoir lu dans l’inventaire des biens de Mozart après sa mort, qu’y figurait un Aegidius Klotz : « Pourquoi pas celui-là ? » ! Le second est un violon qu’elle a commandé en 2009, et qui a été achevé en 2012 par Marieke Bodart. Un instrument : « sympathique et confortable » doté d’un « confort de jeu qui l’aide et lui donne confiance… un fidèle compagnon ». Le troisième, prêté par Daniel Cuiller grâce à Freddy, date de 1700. Signé Mattys Hofmans, l’instrument n’est pour l’interprète que « poésie et raffinement ».
La musicienne explique que l’orgue, par rapport au clavecin, facilite l’audition de deux voix différentes, et l'équilibre entre les trois voix – le violon risquant sinon de trop dominer par rapport aux voix plus grêles d’un clavecin. Freddy Eichelberger précise de son côté que sa longue fréquentation des orgues à travers le monde, mais aussi les relations d’amitiés avec certains facteurs d’orgue, l’ont aidé à choisir les trois instruments de cet enregistrement, qui doivent rester dans un registre complémentaire des violons baroques. Freddy et Odile se connaissent et jouent ensemble depuis 30 ans. Leur complicité a eu plusieurs déclinaisons, toujours autour de la musique baroque, allant en amont jusqu’à la Renaissance, avec un répertoire savant, mais aussi populaire, car durant une vingtaine d’années, ils participèrent aux ensembles The Witches et Les Harpies (voir ici). Leur Bach s’avère remarquable par la sonorité des instruments et leur complémentarité. Une complicité fondée sur la maturité des deux interprètes qui entraine un bonheur d’écoute à la hauteur de l’intelligence du discours musical de Bach.
Denis Mechali
Agenda des concerts d’Odile Edouard : ici et de Freddy Eichelberger : ici

Bach : Trois pour clavier et violon
Odile Edouard (violons), Freddy Eichelberger (orgues)
3 CD ECL 1704 L’Encelade 2020
2 h 50 min.

mis en ligne le samedi 18 juillet 2026

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