Mercredi 27 mai 2026
Elsa Barraine : prime le colore !
De poèmes en symphonies, la palette aussi colorée que contrastée d’une compositrice hors normes

Pianiste, pédagogue, cheffe de chant, Elsa Barraine est la quatrième femme à obtenir le Premier Grand Prix de Rome, en 1929, à l’âge de 19 ans. Élève de Paul Dukas, elle s’inscrit dans la tradition orchestrale française alliant finesse et richesse, a-plats et transparences, tout en lui apposant une signature résolument originale. De fait, le poème symphonique Song-Koï (1945) révèle d’emblée une large palette de couleurs et de contrastes. Ces huit « variations pour orchestre » évoquent le parcours du Fleuve Rouge depuis sa naissance « en Chine à plus de 2000 mètres d’altitude » – la compositrice a noté en exergue de la partition la définition du Larousse. Le thème du fleuve, mélodie de vibraphone sur syncopes de harpes s’y densifie peu à peu, s’accélérant alors que s’enfle le flot (La Rivière Noire), s’enrichissant de teintes singulières (Les chemins célestes superposent xylophone, célesta et piano), se chargeant de motifs rythmiques complexes (Le retour des pavillons noirs), invitant d’autres airs (La ville de Son-Phong, Le Fleuve Rouge reçoit la Rivière Noire) jusqu’à la dilution finale en mer de Chine (L’arrivée à la mer et la mort).
Sept ans séparent les deux symphonies, dans lesquelles se retrouvent le même goût des timbres rares – basson et trombones dès le début du premier mouvement de la Symphonie n° 1 (1931), flûte, hautbois et cor anglais introduisant le finale de cette même symphonie, alto solo de l’Adagio initial de la Symphonie n° 2 (1938), touches percussives ici et là. L’écriture, alliant force et élégance, met en œuvre touches solistes (hautbois, flûte, basson) ou blocs opposés (bois, cuivres, cordes). Âpreté et malice le disputent à un sens aigu de la ligne mélodique et de ses nuances, qualités que l’on retrouve dans le bref – et plus classiquement évocateur – poème symphonique Les Tziganes de 1959. Coloriste averti, Christian Măcelaru pêche toutefois par manque de fougue, tendant à noyer les excellents solistes du National dans une pâte un peu massive. On lui préfère pour notre part – s’agissant des symphonies – l’articulation plus nette et la vivacité plus ardente d’Elena Schwarz à la tête du WDR Sinfonieorchester Köln (CPO).
Anne Ibos-Augé
Elsa Barraine sur le site de Présence compositrices : ici
Agenda des concerts de l’ONF : ici et de Christian Măcelaru : ici

Barraine : Symphonies 1 & 2, Song-Koï, Les Tziganes
Orchestre national de France
Direction musicale : Christian Măcelaru
1 CD Warner Classics 5021732555199
1 h 6 min.

mis en ligne le mercredi 27 mai 2026

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