Mercredi 3 juin 2026
De Gand à l’Inachevée
Précise et rigoureuse, une interprétation « historique informée » de Schubert conduite par René Jacobs

René Jacobs est né en 1946 et a attendu 2018 pour graver pour la première fois Schubert au disque, même si, enfant, il le chantait au sein du chœur de la cathédrale de Gand. Dietrich Fischer Dieskau a cristallisé ses premières émotions musicales puis l’amène à approfondir sa propre pratique de chanteur soliste. Chef d’orchestre spécialisé dans le répertoire baroque (voir ici), il aborde ensuite avec un succès égal Gluck, Mozart (et ici) et Beethoven (et encore ici).
À l’occasion de cet enregistrement tardif, il rappelle que la symphonie romantique est : « l’apogée de la musique instrumentale » d’autant plus avec l’orchestre de Schubert, authentique « opéra pour instruments ». En 2018, il commence à enregistrer avec le B' Rock Orchestra, par paire de symphonies. D’abord, la Première, composée à 16 ans, couplée avec la Sixième, puis l’année suivante, les symphonies n°s 2 et 4. La Quatrième, « Tragique », qui est la première en tonalité mineure, contraste avec le caractère plus joyeux et mozartien de la Cinquième, traversée par une angoisse et un sentiment du désespoir caractéristiques. En février 2020, les symphonies n°s 3 et 5, puis la Neuvième « la Grande » en duo avec la Huitième que René Jacobs ne nomme pas « l’Inachevée » car il ne croit pas à cette dénomination commune, s’appuyant sur un texte rédigé par Schubert en1822 – le célèbre « Mein Traum » – conçu comme un hommage à sa mère disparue et qui comporte une seconde partie plus énigmatique et introspective, où le musicien envisage une réconciliation avec son père, avec lequel il avait rompu. Ce « Rêve », lu par l’Autrichien Tobias Moretti, prélude aux deux mouvement de la partition : des références biographiques qui pourraient expliquer ce choix de deux mouvements…
Le coffret, rassemblant les symphonies paraît finalement 2024 : René Jacobs dirige cette formation fondée en 2005 et constituée d’une vingtaine de musiciens jouant sur instruments d’époque. Bien que sans chef exclusif, René Jacobs a cependant signé plusieurs de ses enregistrements. De grande qualité, précise et rigoureuse, cette interprétation peut prétendre rivaliser avec d’autres intégrales « historiquement informées » comme celles de Franz Bruggen (Philips) ou de Nikolaus Harnoncourt (Warner). Hors intégrale, les enregistrements plus anciens et renommés de chefs tels que Kleiber, Beecham, Giulini ou Riccardo Muti, peuvent séduire encore des oreilles attachées à un Schubert plus lyrique, plus tendre… et romantique. 
Denis Mechali
Agenda des concerts du B’ Rock Orchestra ici

Schubert : Intégrale des symphonies
Tobias Moretti (récitant)
B' Rock Orchestra
Direction musicale : René Jacobs
4 CD Pentatone PTC 5187 353
2 h 20 min.

mis en ligne le mercredi 3 juin 2026

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