Lundi 25 mai 2026
Siegfried-Idyll
Fabio Luisi dirige avec mesure Wagner au Texas avec un atout incontestable, le Siegfried de Daniel Johansson

Le principal atout, mais pas tout à fait le seul, de cette nouvelle Tétralogie, c’est incontestablement l’interprète de Siegfried. Daniel Johansson est un ténor suédois quadragénaire qui aborde depuis peu les rôles wagnériens : les concerts donnés à Dallas marquaient d’ailleurs sa prise de rôle dans les deux derniers volets du Ring. Du personnage, il maîtrise toute la tessiture, sans effort apparent, et sans que l’on ait l’impression d’entendre un vieux monsieur grimé en jeune homme. On aimerait pouvoir en dire des autres têtes d’affiche, mais on est hélas loin du compte. L’Américaine Lise Lindstrom est hélas une Brünnhilde dont les Hojotoho prometteurs cèdent vite la place à un vibrato assez pénible dans l’aigu, qui défigure la plupart de ses interventions. Quant au troisième rôle essentiel, Mark Delavan propose un Wotan dont les notes hautes plafonnent un peu, mais le problème vient surtout du manque total de noblesse du personnage, qui ne se distingue pas assez de l’Alberich un peu sérieux de Tómas Tómasson, par exemple, comme si dieux et nibelungs dialoguaient sur un pied d’égalité. Autour d’eux, on remarque pourtant la mezzo Deniz Urun, aussi superbe en Fricka majestueuse qu’en Waltraute inquiète, ou le probe Hunding/Hagen de Stephen Milling. Le Mime de Michael Laurenz ne passe pas inaperçu, on y reviendra. Après bien des années de bons et loyaux services wagnériens, Christopher Ventris campe encore un Siegmund très présentable, mais Sara Jakubiak est hélas bien plus dramatischer que jugendlich en Sieglinde. Les filles du Rhin semblent « un peu mûres », comme dirait Méphistophélès, Tamara Mumford est une Erda assez pâle, Štefan Margita un Loge aux notes tenues par trop trémulantes.
Ce qui manque aussi à cette Tétralogie, du moins dans son prologue et sa première journée, c’est le théâtre. Nous ne sommes pas en studio, on constate la présence du public grâce aux applaudissements concluant chaque acte, mais cette version de concert paraît d’abord assez peu dramatique, peut-être à cause de la direction extrêmement analytique de Fabio Luisi, plus soucieux de fignoler tel phrasé, de mettre en relief tel trait, et qui opte donc souvent pour des tempos trop mesurés, sans la tension nécessaire. Tout semble néanmoins changer avec Siegfried, assez paradoxalement, sans doute grâce à l’entrée en scène de l’excellent rôle-titre mais aussi de Michael Laurenz, dont les facéties suscitent à de nombreuses reprises les rires des spectateurs. Götterdämmerung bénéficie ensuite des fréquents changements d’atmosphère liés aux différents tableaux, et ce Ring se conclut mieux qu’il n’avait commencé. Pour autant, ce nouvel enregistrement risque de rester surtout une carte de visite pour le Dallas Symphony Orchestra, au sein d’une discographie où les versions se bousculent depuis plusieurs décennies. 
Laurent Bury
Agenda des concerts de l’Orchestre symphonique de Dallas : ici Page Facebook officielle de Daniel Johansson ici

Wagner : Tétralogie
Mark Delavan (Wotan), Lisle Lindstrom (Brünnhilde), Daniel Johansson (Siegfried), Christopher Ventris (Sigmund), Sara Jakubiak (Sieglinde), Tomas Tomasson (Alberich), Michael Laurenz (Mime), Deniz Uzun (Fricka), Stefan Margita (Loge), Laura Wilde (Freia), James McCorkle (Froh), Hunter Enoch (Froh), Tamara Mumford (Erda), Liang Li (Fasolt), Andrew Harris (Fafner), Stephen Milling (Hunding/Hagen), Roman Trekel (Gunther), Kathryn Henry (Gutrune), Valentina Farcas (L’Oiseau/Woglinde)
Chœurs et Orchestre symphonique de Dallas
Direction musicale : Fabio Luisi
13 CD Delos DE3624D (distr Outhere)
2 h 34 min. + 3 h 45 min. + 3 h 58 min. + 4 h 31 min.

mis en ligne le lundi 25 mai 2026

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