Après le Sirba Octet, fondé en 2003, et l’Off Swing Quintet, né en 2016, indépendamment d’autres projets qui les accueillent distinctement, quatre autres musiciens de l’Orchestre de Paris ont décidé de vivre une « vie parallèle » en partageant des œuvres qu’ils affectionnent particulièrement. Autour du contrebassiste Ulysse Vigreux se sont ainsi réunis Joseph André (violon), Flore-Anne Brosseau (alto) et Paul-Marie Kuzma (violoncelle) : quatuor pour le moins inhabituel qui fait la part belle aux cordes graves et aime à s’entourer d’autres hôtes, toujours amis chers.
Ce soir, dans l’espace lui aussi atypique de la Marbrerie de Montreuil – à la fois salle de spectacle, cantine, galerie… liste non limitative ! –, l’invité était le percussionniste Vitier Vivas. À ensemble singulier, nécessité d’invention musicale : pour jouer les musiques qu’ils aiment – on aura compris qu’ici, le plaisir est roi –, il faut transcrire, arranger, repenser, commander… à partir d’une « page blanche » qui a donné son nom au quatuor. Ce rôle est principalement celui du contrebassiste, qui matérialise ainsi au fil du temps un véritable espace de jeu et de recherche, toujours respectueux des originaux. Les œuvres pour clavier y côtoient les pièces orchestrales, la musique « classique » y frôle jazz et traditions populaires. On le répète : tout est permis !
Le thème de la soirée montreuilloise était la danse, prétexte à mêler ancien et contemporain… jusqu’à un pas de côté vers la musique de film, en l’espèce, l’imagé Jungle Book de George Burns pour Disney, en 1967. Certes, quelques partis pris peuvent laisser un peu dubitatifs – à une Sonate pour orgue de Bach, on eût préféré un des Ricercare de l’Offrande musicale, et le Debussy du Golliwogg’s cake walk paraît mieux convenir aux Page Blanche que celui de La plus que lente. Mais on est séduit par les folklores hongrois (Bartók) et danois (Old Reinlender from Sonndala), transporté par Prokofiev et Falla, et ému par Mendelssohn et Bill Evans. On sourit de voir la complicité de ce quintette, l’homogénéité et la conduite sonores, les dialogues de timbres – subtilement rehaussés de notes percussives –, les échanges de rôles. On aime voir ces musiciens dans un autre univers, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, cette "Page Blanche" qui s’écrit sous nos yeux et dans nos oreilles. Plus proche, plus intime. Et on se prend à penser que la musique est le plaisir du partage et que sa magie peut – et doit – aussi s’opérer hors des sentiers battus, s’égarer, ici ou là, sur des chemins de traverse.
Comme d’autres musiciens de l’Orchestre de Paris – la violoncelliste Marie Leclercq et l’Écho des Falaises, dont la 4e édition se déroulera du 21 au 23 août à Butot-Vénesville ; la violoniste Sarah Nemtanu, qui a repris depuis peu la direction artistique de Musique en Ré, dont la 39e édition aura lieu du 26 juillet au 7 août –, les quatre complices ont imaginé depuis 2022 un festival à leur image : curieux, éclectique et joyeux. Tout sera donc permis, et plus encore, du 9 au 15 octobre – autre originalité, décidément, non des moindres : c’est un festival « non estival » ! – à (entre autres) Valréas, Buisson, Vaison-la-Romaine…
Anne Ibos-Augé
• Montreuil, La Marbrerie, 17/06
• Photo : Page Blanche Quartet © Mary McDonnell
• Agenda du Page Blanche Quartet :
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