Mardi 4 août 2026
¡ Ay, caramba !
Amour, castagnettes et tango avec la si séduisante Marion Vergez-Pascal !
Amor y Flores

Depuis plusieurs siècles, la France se laisse envoûter par les charmes ibériques, et nos chanteuses trouvent de l’autre côté des Pyrénées un répertoire propre à les mettre en valeur. Au milieu de ses facéties, Patricia Petibon s’était jadis découvert une âme hispanique, et on a récemment pu l’entendre dans L’Amour sorcier de Manuel De Falla, mais elle n’est pas la seule à être sensible à cette musique. Pour son premier disque, notre compatriote Marion Vergez-Pascal met résolument le cap sur l’Espagne, avec un programme habilement conçu, qui ose s’écarter des sentiers battus. Elle nous épargne les sempiternelles Siete canciones populares españolas du susdit De Falla, préférant nous révéler les superbes Canciones castellanas (1939) de Jesùs Guridi ou les Canciones españolas antiguas harmonisées en 1922 par Federico García Lorca. De Granados, elle nous évite l’incontournable « Maja y el ruiseñor » pour proposer plutôt une tonadilla, « El mirar de la maja ». Bien sûr, les Canciones negras de Montsalvatge font le bonheur de bien des artistes, parfois pour leurs bis, mais la mezzo s’éloigne aussi de la mélodie pour regarder du côté de la zarzuela, dont on sait qu’elle compte en France quelques défenseurs passionnés, ou de cette même « gitanerie musicale », El amor brujo, dont il était question plus haut ; elle s’aventure même vers le tango argentin… ou français, puisque ce disque se conclut sur la chanson Volver de Carlos Gardel.
Pour respecter le caractère de ces pièces, le piano seul n’aurait peut-être pas suffi, malgré tout le brillant du jeu d’Héroïse Bertrand-Oleari. On a donc fait appel à Timothée Vinour à la guitare et, pour l’extrait de la zarzuela El Barberillo de Lavapiés (1874), au « castagnettiste » Imanol Iraola. Superposé à ces divers instruments, le timbre de mezzo très clair de Marion Vergez-Pascal a quelque chose d’extrêmement séduisant, et l’on se laisse volontiers entraîner par son discours. Originaire du Béarn, la chanteuse a grandi à proximité de l’Espagne, ce qui n’empêche pas quelques syllabes de sonner parfois bien françaises, mais on laissera de plus hispanophones disserter sur l’idiomatisme de sa diction, en entendant le plaisir de l’entendre un jour s’exprimer dans notre langue. 
Laurent Bury
 
Agenda des concerts de Marion Vergez-Pascal : ici et interprète en image de Canción de la Paloma avec Héroïse Bertrand-Oleari et Imanol Iraola : ici

Airs et mélodies d'Asenjo Barbieri, Calors Gardel, De Falla, Garcia Lorca, Granados, Guridi, Montsalvage et Rodrigo
Marion Vergez-Pascal (mezzo-soprano), Hélène Bertrand-Oleari (piano), Timothée Vinour (guitare), Imanol Iraola (castagnettes)
1 CD Mirare MIR 710
1 h 3 min.

mis en ligne le mardi 4 août 2026

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