Mercredi 20 mai 2026
Jubilé
Véronique Gens bien partie pour fêter un jubilé d’or avec son programme « Reines »
Reines

Si Véronique Gens est reine – qui oserait en douter ? – elle fêtera prochainement son jubilé de rubis. Même si elle n’est pas montée sur le trône dès les premières représentations d’Atys, où elle n’était encore que dame d’atours, on lui fera bien volontiers grâce des quelques trimestres manquants pour lui offrir en 2027 les honneurs célébrant ses quelques décennies de règne. 
Il y a quelques années, la reine Véronique proposait en concert un programme intitulé « Back to Lully », avec l’ensemble Les Surprises sous la baguette de Louis-Noël Bestion de Camboulas – « Passions » (voir ici). Elle y rendait hommage à la chanteuse Marie Le Rochois, qui prit sa retraite en 1698 après avoir créé bien des œuvres de l’Italien, mais aussi de Desmarest, Campra ou Destouches. Avec le même excellent orchestre, non moins excellemment dirigé par son chef et fondateur, « Reines » reprend là où s’arrêtait « Back to Lully », et couvre un demi-siècle de musique, de 1710 à 1760 environ. 
L’intérêt du programme est d’explorer, outre les œuvres de Rameau qui figurent aux deux extrémités du disque, de la déploration de la mort d’Hippolyte par Phèdre à l’air d’Erinice dans Zoroastre, « Amour, cruel amour », en passant par quelques danses tirées de Dardanus ou d’Acante et Céphise, les partitions de compositeurs moins gâtés par la postérité, qu’elles lorgnent déjà vers le classicisme comme celles d’Antoine Dauvergne (superbe invocation « Dieu, grand Dieu, sois sensible » extraite d’Hercule mourant), ou soient représentatives de la musique sous la Régence, comme les pages tirées de Renaud ou la suite d’Armide de Desmarest (1722). L’originalité de ce récital est d’inclure de très nombreuses pages orchestrales et de se terminer par un ballet, comme un mini-opéra. Sans oublier la présence d’un chœur qui varie encore un peu plus les plaisirs. 
Bien sûr, dans ce registre de la grandeur, la soprano joue sur du velours, mais comme les reines sont aussi souvent magiciennes et appellent les enfers à leur secours, les situations dramatiques poussent l’interprète jusque dans ses derniers retranchements, avec une belle âpreté d’expression dans Hippolyte et Aricie ou surtout dans le Méléagre de 1709 de Jean-Baptiste Stuck. Même si elle n’a finalement pas bu le sérum d’immortalité d’Elina Makropoulos qui lui aurait permis d’atteindre allègrement les 337 ans, Véronique Gens semble bien partie pour viser le jubilé d’or…
Laurent Bury
Agenda des concerts de Véronique Gens ici dont Les Noces de Figaro de Mozart jusqu’au 28/05 à Amsterdam (Opéra), dir. F. Corti, mes. Kirill Serebrennikov ; 4/06 programme « Reines » avec Les Surprises, dir. L.-N. Bestion de Camboulas à Marq-en-Barœul (église du Sacré-Cœur)
Agenda des concerts de l’ensemble Les Surprises ici

Extraits d’opéras de Dauvergne, Desmarest, Destouches, Francœur, Montéclair, Montigny, Rameau, Royer, Salomon et Stuck
Véronique Gens (soprano)
Les Surprises
Direction musicale : Louis-Noël Bestion de Camboulas
1 CD Alpha ALPHA1205 (distr. Outhere)
52 min.

mis en ligne le mercredi 20 mai 2026

Bookmark and Share
Contact et mentions légales.
Si vous souhaitez être informé des nouveautés de Musikzen laissez votre adresse mail
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman,
deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.