Formidable soirée, au travers d’extraits de 10 opéras de Mozart, joués par l’orchestre des Paladins, dirigés par Jérôme Correas, qui assure également la partie de clavecin, le tout au milieu de la nef du collège des Bernardins, qui joue d’une belle sonorité. Julie Depardieu accompagne les œuvres d’une présentation intéressante et simple à la fois. Cette soirée est le clou (ou l’un des clous ? !) d’une saison Mozart assez remarquable dans le même lieu, qui a permis d’écouter 41 symphonies, 18 sonates pour piano et 12 motets du phénomène autrichien. Les Bernardins ont une vocation spirituelle, mais aussi culturelle et éducative, et la saison a aussi comporté un « Mooc » érudit et passionnant, explorant la personnalité et l’œuvre de Mozart, et testant les connaissances des « étudiants »…
Les 6 chanteurs (2 sopranos, 1 mezzo-soprano, un baryton et un ténor) sont issus du Conservatoire de Paris. Ils sont jeunes, beaux, magnifiquement revêtus de tenues chatoyantes… chantent remarquablement et n’ont peur de rien, pas même de l’air de la Reine de la nuit (Flûte enchantée), vaillamment défendu par Bea Droz. Ils virevoltent, miment la passion, le désespoir, l’espoir, le drame et l’amour : on est admiratifs et émus par eux, pour finir par la scène de réconciliation générale des Noces de Figaro, qu’ils devront bisser devant les applaudissements du public, qui auront été crescendo tout au long de la soirée.
La promenade Mozartienne aura commencé par Bastien et Bastienne, première œuvre d’un Mozart de 12 ans, et se sera poursuivie par Mithridate, Idoménée (et d’autres), avant d’atteindre les œuvres immortelles de la maturité – Noces de Figaro, Cosi fan tutte, Don Giovanni et Flûte enchantée. Les commentaires de Julie Depardieu sont ponctués de lectures de lettres de Wolfgang à son père, parlant d’un opéra en train de se composer, des espoirs qu’il y met, de ses soucis financiers, mais aussi de lettres où il plaide sa cause auprès de Léopold, avant d’épouser sa chère Constance « qui n’est pas une beauté remarquable, mais fera une épouse attentive et dévouée, il en est certain ». La dernière lettre de Mozart à son père, qui mourra quelques jours plus tard, est lue également, et elle est poignante d’affection pour son père et de résignation devant la mort. Une soirée légère et délicieuse, profonde aussi, très Mozartienne en somme….
Denis Mechali
20/05, Paris, Collège des Bernardins
Photo : Julie Depardieu & Les Paladins © Laetitia d’Aboville/Collège des Bernardins
Agenda des concerts de Jérôme Correas et des Paladins
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Julie Depardieu lit Colette en musique le 13/06 à Paris (Sainte-Chapelle) ; 28/06 à Saint-Germain-en-Laye « Il était une fois Shéhérazade » (Théâtre A. Dumas, avec F. Roth, V. Guémy, J. Plagnol, M.-A. Melliès, A. Power et E. Zylberstein)