Mardi 21 avril 2026
Philharmonie de Paris
Le son tous azimuts à l’occasion de la 1ère biennale « Explore »

Quatre jours de festival, onze concerts/spectacles/performances du (quasi) solo au grand ensemble… de la musique instrumentale, de l’électronique, des techniques mixtes, de la vidéo, un colloque… Pour sa première édition, la biennale Explore propose un vaste éventail de « possibles » sonores, des musiques expérimentales des années 1970 aux plus récentes investigations – le titre vaut toutes les explications du monde.
Deux concerts au Studio de la Philharmonie invitaient respectivement les ensembles 0 (trois percussions) et Dedalus. Au programme du premier deux œuvres, surtout, retiennent l’attention. DRUMS de Laurie Spiegel, dont la polyrythmie sonne ici sur des lames de bois posées sur des résonateurs et le très inventif 0 Intent de Claire Rousay au cours duquel les musiciens se livrent à un manège constant entre objets quotidiens, percussions et texte parlé. Plus « classique », le second concert donnait à entendre des pièces singulières de Pauline Oliveros, Tom Johnson et Julius Eastman. Horse Sings from Cloud d’Oliveros exalte le temps long et méditatif ; le ludique 844 Chords de Johnson déroule… 844 accords en séquences ascendantes, chacune descendant chromatiquement par paliers – reconstitué, faute de partition conservée, d’après une de ses captations –, Stay on it d’Eastman joue hypnotiquement sur plusieurs formules obstinées, autre versant d’un minimalisme à tendance répétitive caractéristique des années 1970.
Trois grands concerts terminaient chacune des soirées. Caterina Barbieri créait des boucles mélodiques, les enrichissant de multiples textures électroniques, instrumentales et vocales – mention spéciale à l’excellent trio de chanteurs (Léa Trommenschlager, Michio Takahashi et Juliette Meyer). Laurie Anderson, accompagnée des musiciens de Sexmob auxquels s’ajoutaient deux violonistes-chanteuses saisissantes (Mazz Swift et Christina Courtin), entrelaçait textes – les siens et d’autres, de John Cage, William Burroughs, Gertrude Stein… –, musiques et chansons sur fond d’images projetées. Ce spectacle total se révélait particulièrement attachant grâce à sa belle et vive énergie mais aussi l’engagement sans faille, entre humour et gravité, de cette icône de la scène new-yorkaise. Enfin, huit compositeurs-interprètes invités par les Centres Nationaux de Création Musicale et disséminés dans la salle de la Cité de la Musique (qui hébergeait aussi l’acousmonium du GRM) mêlaient leurs expérimentations à des œuvres d’Éliane Radigue – récemment disparue – et Luc Ferrari. Medea(s)-Tskaltubo d’Eve Aboulkheir et son temps long, les strates de la Partition graphique d’Isabelle Duthoit, les résonances travaillées par Elise Dabrowski dans À nous de jouer offraient des univers très divers – jusqu’au jeu de claquettes d’Exu (Julien Desprez) ou au ballet « performé » par Alvise Sinivia et Anthony Laguerre avec une bande de Revox dans Digestion. Sons saturés, suraigus et infra-graves, voix rauques, sons de synthèse – La Loi de Van Noorden de Sébastien Roux transforme la matière – rivalisaient d’inventivité pour offrir un large éventail sonore immersif, Music Promenade entre abstraction et illustration.
Anne Ibos-Augé
• Philharmonie de Paris, biennale « Explore », 11-13/04

• Photo : Clara Levy (violon) et Anthony Laguerre (Revox) © Joachim Bertrand


mis en ligne le mardi 21 avril 2026

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