Mercredi 20 septembre 2017
Pas si divines longueurs
Javier Perianes préfère Schubert qui rêve à Schubert qui erre
Sonates pour piano D. 960 et D. 664

« Si la répétition ennuie, le renouvellement envoûte et imprime ce qu’il exprime en celui qui l’écoute », pouvait-on lire dans Musikzen en 2012 (voir ici) à propos de Javier Perianes jouant Beethoven. Avec l’ultime Sonate D.960 de Schubert, que le pianiste donne ici avec la D.664 - composée neuf ans plus tôt parallèlement au Quintette « La Truite » - la remarque est toujours d’actualité. Dans cette dernière, l’équilibre – des mains, des tempos, des nuances, des sonorités – dont Perianes est un champion donne le résultat escompté : une fraîcheur jusque dans la mélancolie, d’autant mieux venue que l’œuvre s’adressait à une jeune fille qui aurait un temps fait rêver le compositeur. Mais la « grande » Sonate en si bémol (D.960) est une autre affaire. Qu’on la parcoure à grandes foulées ou à pas comptés, qu’on en étire ou non les silences, que l’on insiste ou non sur son aspect testamentaire (Schubert est mort deux mois après l’avoir composée), les « divines longueurs » (selon Schumann) dont elle est émaillée doivent rester divines pour ne pas être des longueurs tout court. Eviter d’imiter les inimitables gros plans et effets de zoom de Sviatoslav Richter, c’est prudent. Mais pousser la prudence jusqu’à priver les longueurs de leur divinité, c’est frustrant de la part d’un pianiste curieux et inventif comme celui-ci.
François Lafon

Sonates pour piano en si bémol majeur D. 960 et en la majeur D. 664
Javier Perianes (piano)
1 CD Harmonia Mundi HMM 902 282
1 h 02 min

mis en ligne le samedi 13 mai 2017

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