Mercredi 22 novembre 2017
Le cabinet de curiosités par François Lafon
vendredi 17 novembre 2017 à 20h10
Avec T@lenschool, la magie se joue en numérique. Derrière la formule, Christophe Rousset et Les Talens Lyriques, lesquels évoquent davantage les lueurs des chandelles que la lumière bleue des tablettes. Depuis 2014 pourtant, au collège Balzac (Paris 17ème) d’abord, puis dans divers établissements (de préférence prioritaires) de Paris et d’Ile-de-France, les trois applications (jouer ensemble – composer – interpréter) imaginés par le médiateur culturel Clément Lebrun et mis en œuvre par les développeurs Julien Bloit et Matthias Demoucron (passés par l’Ircam) forment de petits Horowitz de la tablette, capables d’intégrer un orchestre (chaque partie enregistrée par un membre des Talens Lyriques), de composer sa propre pièce (façon puzzle), d’en déterminer le tempo (Jeux de mains, jeux de clavecin). Trois cents élèves entre huit et seize ans sont donc à même de comparer Rameau et Couperin, de veiller à ce que le son du théorbe se marie harmonieusement avec celui des violes. Résultat : deux prix au concours New Tank Culture, un prix d’excellence de la fondation Audiens Générations. Pour fêter à sa manière les vingt-cinq ans des Talens Lyriques et les dix ans du programme d’action « Les Talens au collège », l’équipe travaille actuellement à une version anglaise et à un portage vers Android des applications, désormais gratuites pour les enseignants et institutions musicales. Limites du système : la musique plus récente, précisément mesurée, et d’où l’improvisation est bannie.  A la question « Avez-vous maintenant envie d’étudier un instrument pour de vrai ? », trois des jeunes virtuoses réunis lors de la présentation de l’opération répondent : la batterie, le piano et … rien. Après la sensibilisation, l’apprentissage. Du pain sur la tablette, ne serait-ce que pour damer le pion à un système éducatif qui s’éclaire encore à la chandelle. 
François Lafon

(Photo © Thomas Salva / Lumento)

dimanche 19 novembre 2017 à 18h06
La célèbre fanfare de La Péri précède d’ordinaire le poème dansé éponyme de Paul Dukas, comme une invitation au concert, mais il arrive aussi qu’elle serve de morceau conclusif. C’était le cas  lors de la Séance Solennelle 2017 au cours de laquelle fut proclamé le palmarès des prix et concours de l’Académie des Beaux-Arts pour l’année écoulée. Disciplines multiples : peinture, sculpture, architecture, gravure, composition musicale, matières libres, cinéma et audiovisuel, photographie. De  l’ouvrage d’André Lischke « Guide de l’opéra russe », lauréat en tant qu’ « ouvrage d’art » du Prix René Dumesmil, il a été question ici. Ont notamment été récompensées deux musiciennes, la violoncelliste  Emmanuelle Bertrand et la compositrice Michèle Reverdy. Au Vice-Président de l’Académie, Patrick de Carolis, il incombait de donner lecture du palmarès, et à sa Présidente, Edith Canat de Chizy, après avoir ouvert la séance, de rendre hommage aux disparus, en particulier à Jeanne Moreau. Hommage suivi de l’interprétation  par la Maîtrise de Toulouse et son chef Mark Opstad, lauréats du Prix Liliane Bettencourt pour le chant choral, de pages  de Guillaume Bouzignac, Zoltan Kodaly et Maurice Duruflé. Autres musiques entendues : le concerto pour violoncelle et orchestre à cordes « Clair obscur » de l’académicien Charles Chaynes, en création mondiale à titre posthume, et le premier mouvement de la symphonie n°4 de Beethoven, l’un et l’autre par l’Orchestre Colonne dirigé par Laurent Petitgirard, Secrétaire perpétuel de l’Académie. Juste avant la fanfare, ce dernier évoqua la situation de la musique au Venezuela, florissante grâce notamment à l’action de pionniers comme Gustavo Dudamel, incertaine dans le contexte actuel.
Marc Vignal
 
Institut de France, 15 novembre (Photo : Maîtrise de Toulouse © Patrice Nin)

Dans la Salle des concerts de la Cité de la Musique : in vain de Georg Friedrich Haas. Une pièce culte depuis sa création à Cologne en 2000 : une heure et quart d’une seule coulée, vingt-quatre instruments, de la lumière et de l’obscurité, et un projet ambitieux de la part de ce compositeur que l’on a classé parmi les « spectraux » (jouant sur les harmoniques de sons) mais qui prend se distances : « J’utilise les accords de partiels (ou de spectre) de façon très différente des compositeurs spectraux (…) Dans in vain, j’alterne entre deux mondes, les sons d’un des mondes sonnant « faux » dans l’autre ». Pourquoi in vain (en vain, avec une minuscule) ? Parce qu’en Autriche, au moment où il composait la pièce, l’extrême droite revenait au gouvernement, comme si le pire était oublié. Musicalement : aller à, mais revenir vers… en vain. Pourquoi deux longs moments où l’orchestre joue dans le noir complet ? Parce que « dans cette pièce, il est question d’être « éclairé » dans le sens des Lumières, et c’est précisément à ce moment-là que je souhaitais éteindre la lumière ». Et puis : « je voulais opposer une contre-utopie au monde du chef d’orchestre qui se tient devant celui-ci comme un dictateur ». Musicalement encore :  pour illustrer (si l’on peut dire) le « timbre sans luminosité », quand « ne demeurent que des sons ténus, feutrés, qui s’évitent les uns les autres en quarts de tons ». Et en pratique ? Une musique soutenue, sensuelle, entre deux mondes en effet, et plus redevable à Gérard Grisey (le pape des spectraux) qu’annoncé. On rêve à une expérience plus vertigineuse quand le noir se fait, ou que, après la seconde Nachtmusik, la lumière réapparaît par flashes pour s’éteindre sur le dernier accord, abrupt comme une fin de non-recevoir. Ensemble Intercontemporain irréprochable comme toujours sous la baguette rien moins que dictatoriale d’Erik Nielsen. 
François Lafon

Cité de la Musique – Philharmonie de Paris, 10 novembre (Photo  : G.F. Haas© Philippe Gontier)

jeudi 9 novembre 2017 à 12h52
Vingtième anniversaire du Musée de la musique, « un musée pour vivre la musique », dit l’affiche, sorte d’œil du « cyclone Cité de la musique – (« tiret », insiste le directeur général Laurent Bayle) Philharmonie de Paris ». Une expérience assez fascinante en effet : entre violons et clavecins artistement et pédagogiquement mis en valeur, rappel par le duo Laurent Bayle - Marie-Pauline Martin, jeune directrice du musée, de la naissance conflictuelle de l’endroit : musée de la musique ou des instruments ? Qu’allait-on faire des vénérables collections du Conservatoire ? Fallait-il ou non contextualiser ces machines à produire du son exposées telles des oeuvres d’art, voire des meubles ? Vingt ans après, la place de l’institution dans la puissante dynamique Cité-Philharmonie n’est plus en cause, ni son statut (c’est le Musée de… et non un établissement autonome), ni les nombreuses expositions, animations, documentations pour grands et petits. Deuxième cercle : plongée dans le passé ici exposé - squelette de viole de gambe avec étiquette et collants d’origine, dernière guitare (déjà injouable) de Django Reinhardt, prototype de guitare électrique. Contextualisation parlante : le violoncelle confectionné sur le front avec des caisses de munitions pendant la Grande Guerre pour le musicien-soldat Maurice Maréchal. Troisième cercle hautement protégé  dans les soutes du vaisseau (et donnant sur le périphérique) : le Laboratoire de recherche et de restauration, caverne des secrets à air savamment conditionné, expertise et établissement de fac-simile physiques et sonores d’instruments désormais silencieux. Ou comment dater le bois, faire avouer les âges et états d’un objet musical en interrogeant la colle et le vernis, analyser les aveux en chambre sourde d’une pièce minuscule. Comment surtout retrouver un timbre perdu ou décrit par des textes pas toujours précis, comprendre l’emploi du rouge (alchimique?) ou le rôle des insectes dans l’évolution des matériaux. Enthousiasme et humour des conservateurs (Jean-Philippe Echard, Thierry Maniguet) et du Sherlock Holmes restaurateur  (Stéphane Vaiedelich), à la fois scientifiques et poètes. Et tout cela tout aussi fort mais plus propice au rêve que les exploits de la police scientifique à la télévision. 

François Lafon

Musée de la Musique, Cité de la Musique, Paris. Philharmoniedeparis.fr (Photo © DR)

samedi 4 novembre 2017 à 00h06
Dans la Cour Khmère du musée Guimet, premier concert du week-end « Guimet invite Berlioz » : « Concert sur la jonque chinoise », inspiré d’une soirée londonienne à laquelle Berlioz a assisté en 1851 en compagnie du compositeur et musicographe François-Joseph Fétis. Une initiative de Bruno Messina, ethno-musicologue et animateur du festival Berlioz de La Côte Saint-André. « On me persuadera difficilement que le peuple chinois n’est pas fou, » écrivait Berlioz en quittant ladite jonque. Ce soir, au milieu des superbes statues khmères au sourire énigmatique, Jean-Christophe Frisch et son ensemble XIII-21 Le Baroque Nomade déclinent les étapes de la domestication de la musique chinoise par les occidentaux, de Molihua, air traditionnel emblématique, au 3ème Divertissement chinois du jésuite et missionnaire Joseph-Marie Amiot, du quadrille de Ba-ta-clan d’Offenbach à la Polka chinoise arrangée sur des airs nationaux de P. Champion. Mélange étonnant et assez détonnant, où les morceaux qui nous paraissent les plus raffinés sont justement ceux qui sonnaient aux oreilles de Berlioz (mais pas de Fétis) comme des « sifflements, mugissements et fracas métallique », et où les chinoiseries sur lesquelles dansaient nos ancêtres nous feraient un peu honte (ah, cette Epine sur des paroles de Théophile Gautier) s’ils n’étaient interprétés, l’instrumentarium mixte engendrant des sonorités inattendues, avec une telle souplesse stylistique. Suite du week-end samedi à l’hôtel d’Heidelbach somptueusement restauré avec des Flûtes enchantées (bansuri et à clef) et des Compositions persanes et mélodies de l’ancien Iran, le bouquet final revenant à François-Xavier Roth et aux Siècles parcourant – eux aussi parmi les chefs-d’œuvre khmères -  « l’Asie entendue à Paris au temps d’Emile Guimet », de Saint-Saëns à Delibes et …  Guimet lui-même, isérois comme Berlioz mais appelé à un plus grand avenir comme collectionneur que comme compositeur. 
François Lafon

Guimet invite Berlioz, Musée Guimet, Paris, les 3 et 4 novembre (Photo © DR)

lundi 30 octobre 2017 à 08h54
Eric Tanguy est de ces compositeurs actuels pour qui Sibelius signifie beaucoup. Il n’a pas écrit à son sujet une esquisse biographique permettant d’effleurer l’essentiel de sa production, mais s’est limité à neuf œuvres « emblématiques » représentant  les principaux genres, en se plaçant du point de vue de l’auditeur : d’où le titre de son « petit » livre  (Ecouter Sibelius), et le fait que Tanguy y parle volontiers de lui-même. Les œuvres choisies, dont chacune est définie d’un mot ou d’une formule, ne comptent pas nécessairement parmi les plus connues. On y trouve Kullervo (Le jaillissement), la suite de Karelia (La terre), le concerto pour violon (L’un et l’autre, c’est-à-dire le soliste et l’orchestre) et le quatuor à cordes « Voces intimae »  (La bête sauvage), « non écrit pour plaire ». Mais comme symphonie uniquement la Cinquième (Le flot), à la fois « ombre et lumière ». Malinconia pour violoncelle et piano (La blessure) est composé par Sibelius en 1900, alors qu’il vient de perdre sa troisième fille. Tanguy voit dans cette page méconnue « un tombeau glaçant (et non pas glacé) » d’une étonnante nouveauté formelle. L’impromptu pour piano opus 5 n°5 (Le diamant) scintille, mais pas à la manière de Liszt, et la mélodie Norden (Le Sud) « sonne comme une délivrance, à la façon du retour du soleil en Finlande. » Tanguy termine par Surusoitto pour orgue (La faille), dernier ouvrage purement instrumental de Sibelius, composé en 1931 pour les funérailles de son ami le peintre Akseli Gallen-Kallela. Permettant de « réfléchir à la manière d’écrire afin que la musique s’inscrive dans l’esprit de ceux qui l’écoutent, » Surusoitto a dans le parcours personnel de Tanguy tout à fait sa place.
Marc Vignal
 
Eric Tanguy (avec Nathalie Krafft), Ecouter Sibelius, Buchet-Chastel « Musique », 127 p. 
 
Ciné-concert et remise du Prix France Musique-SACEM de la musique de film au Studio 104 de la Maison de la Radio : La Nouvelle Babylone de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg, musique de Dmitri Chostakovitch (1929) jouée en direct par le Philharmonique de Radio France. Créateurs et animateur de la FEKS (Fabrique de l’acteur excentrique), les deux réalisateurs entendaient, en cette période où l’avant-garde n’était pas encore proscrite en URSS, innover en édifiant. S’inspirant de Marx et Zola (La Nouvelle Babylone est le grand magasin d’Au Bonheur des dames), ils opposent frivolité bourgeoise et prise de conscience ouvrière sur fond de Commune de Paris, à travers l’idylle d’une jeune vendeuse gagnée à la cause révolutionnaire avec un soldat rallié, lui, aux Versaillais. Chostakovitch, vingt-deux ans et déjà connu comme symphoniste et compositeur d’opéra (Le Nez), n’est pas de reste : pour accompagner les images hallucinées d’une France vue du pays des lendemains qui chantent, il mêle Offenbach et hymnes révolutionnaires (acrobatique superposition de La Marseillaise et du cancan d’Orphée aux Enfers), et lance des clins d’œil aux rythmes stravinskiens et à la polytonalité selon Darius Milhaud, produisant une partition dépassant sensiblement les compétences des orchestres de cinémas. Alternant ironie et sentiments (du pur Chostakovitch, déjà), il confère au film une ambiguïté qui ne plaira pas aux autorités, déclenchant une première crise qui ne sera pas la dernière. Performance du Philharmonique de Radio France, tenu une heure et demie durant par le spécialiste Timothy Brock. En première partie, avant les discours d’usage et la désignation de l’Anglaise Anne Dudley, prix 2017 pour le film Elle de Paul Verhoeven : Tourgueniev 1850, pièce en demi-teinte de Marie-Jeanne Séréro, prix 2016. « Mon besoin d’écrire une musique compréhensible est important », déclare-t-elle. Mission accomplie. 
François Lafon

Maison de Radio France, Studio 104, 27 octobre (Photo : Elena Kuzmina dans La Nouvelle Babylone © DR)

mercredi 18 octobre 2017 à 23h14
Au théâtre de l’Athénée : Cassandre de Michaël Jarrell d’après Cinq Conférences de poétique de la romancière allemande Christa Wolf, avec Fanny Ardant. En concert avec Susanna Mälkki et l’Ensemble Intercontemporain (voir ici), en scène dans ce spectacle créé au festival d’Avignon 2015 et fréquemment repris, un compagnonnage tout trouvé que ce monodrame pour voix parlée et orchestre, matière à extérioriser un tempérament de tragédienne rappelant ses incarnations de Maria Callas au théâtre (Master class) et au cinéma (Callas for ever). Beau texte surtout, dans lequel le récit la fille de Priam condamnée à prédire la catastrophe (la guerre de Troie) mais à ne jamais être crue trouve en chaque époque une actualité nouvelle, belle musique que celle de Michaël Jarrell, riche mais jamais redondante, façon pas si souvent réussie d’accompagner la voix parlée (« Cassandre est en dehors de l’opéra, il n’y a plus de raisons de chanter, il n’y a plus que la voix et le récit »). Mise en scène minimaliste mais juste d’Hervé Loichemol, excellent Lemanic Modern Ensemble dirigé par le jeune Jean Deroyer : un cadre propice à mettre en valeur la spontanéité sous la sophistication, le jeu entre jeunesse et maturité qui ne sont pas pour rien dans la fascination qu’exerce Fanny Ardant. Idéal pour incarner une prophétesse qui n’a pu empêcher l’inéluctable. 
François Lafon 

Théâtre de l’Athénée, Paris, jusqu’au 22 octobre (Photo © DR)

mercredi 18 octobre 2017 à 19h25
Petite devinette à l’usage des fans d’opéra : quelle œuvre peut-on résumer par l’enchaînement « chantage sexuel, torture, meurtre, tromperie, trahison, suicide » ? Alors ? … La réponse se trouve dans l’avant-dernier roman de Donna Leon, Brunetti en trois actes. Il y a plus de vingt ans, le premier polar de cette Américaine fixée à Venise s’appelait Mort à La Fenice, et il y était question de La Traviata. La vingt-quatrième enquête de son commissaire fétiche, Guido Brunetti, le ramène à La Fenice, l'Opéra de Venise, où la célèbre Flavia Petrelli chante Tosca, que la romancière résume de la manière susdite, en commençant par raconter la fin de l’opéra comme un règlement de comptes digne d’un thriller. Mais son goût de la littérature, sa vision de la société italienne, et son amour des entrelacs vénitiens prennent vite le dessus, comme la musique, bien sûr. Férue de classique - elle a notamment publié un Bestiaire de Haendel à propos de ses arias, et des Curiosités vénitiennes accompagnées de musiques de Vivaldi - Donna Leon explore avec délice l’univers de l’opéra côté face et côté pile. En décrivant les déambulations de son commissaire en quête du mystérieux admirateur qui poursuit la Petrelli de menaçantes assiduités, elle raconte les affres des divas, les petites mesquineries des artistes, nous mène dans les coulisses des sentiments, et décrit tout un petit monde qui ne sait pas toujours où se trouve sa vérité.
Gérard Pangon
 


Donna Leon - Brunetti en trois actes éd. Points
 
Nuit blanche 2017 à la Philharmonie de Paris – Cité de la musique : Cinq marathons musicaux jusqu’à l’aube. 20h30, Salle des concerts de la Cité, début de l’hommage à Pierre Henry. Pénombre, public recueilli devant l’habituelle forêt d’enceintes. En écoutant sa dernière pièce Multiplicité, testament musical, adieu aux sons urbains donné ce soir en première mondiale, on cherche instinctivement la crinière blanche du maître, disparu en juillet dernier. La nuit se terminera avec Messe pour le temps présent, comme un retour aux sources. 21h30 à l’Amphithéâtre du Musée de la musique, deuxième concert (sur dix) de la Nuit du Quatuor, préparée par ProQuartet. Public de plus en plus nombreux, tous n’entrent pas. Ovation (même entre les mouvements) pour le Quatuor Danel, lequel ne fait qu’une bouchée du bouillant 1er Quatuor de Tchaïkovski. A 5h30, le Quatuor Tercea clôturera la session avec … Ainsi la Nuit de Henri Dutilleux. 22h au Musée éclairé de mille bougies (électriques) pour son vingtième anniversaire : célébration du clair-obscur. Etsuko Chida chante La Belle du Soir en s’accompagnant au Koto, exposée telle une œuvre précieuse. Deux étages au-dessus, des membres des Arts Florissants entonnent des Leçons de Ténèbres de Couperin. Entre les deux, Nicolas Arzenijevic et Antonio Garcia Jorge, saxophonistes, jouent (superbement) Le Dialogue de l’Ombre double de Pierre Boulez. 22h50 : éclairée a minima, la grande Salle Pierre Boulez de la Philharmonie prend des allures de cathédrale, avec pour officiant le pianiste Bruce Brubaker jouant Phil Glass, Terry Riley et John Cage, plus que jamais hallucinatoires et puritains en même temps. En dessous, au Studio transformé en salle de méditation, le groupe Vacarme (deux violons, violoncelle) et six invités passent la Nuit en « la », raga sans fin sur une seule note. Minuit : dehors, files d’attentes géantes, sous la pluie. Foule patiente, presque silencieuse, comme sont silencieux les groupes qui se déplacent d’un lieu à l’autre, canalisés selon une logistique évoquant La Folle Journée de Nantes. Nuit blanche sur le mode zen. Impressionnant. 

François Lafon

Philharmonie de Paris – Cité de la musique, 7-8 octobre (Photo © Jean-Régis Roustan)