Alan Curtis fait d'un Haendel oublié un aimable divertissement
Giove in Argo
Giove in Argo est un pasticcio pastoral composé par Haendel en 1739. Depuis plusieurs saisons, ses opéras ne rencontrent qu’un faible succès, non démenti par sa Giove : deux représentations seulement. Au moment où Haendel tente de redorer ses entreprises en se lançant dans les oratorios, ce pastiche recycle des pages anciennes et connues d’une dizaine d’opéras de sa plume, agrémentées de deux airs d’un compositeur italien aujourd’hui oublié (Francesco Araja). L’écriture fut rapide, l'inspiration vint vraisemblablement à la fin l'acte 2,quand débarquèrent à Londres deux cantatrices italiennes, la prima donna Costanza Posterla, et sa fille – au prénom oublié. Haendel sauta sur l’occasion pour les enrôler, et adapter la partition à leurs capacités, afin de faire concurrence à la troupe de Middlesex. Giove in Argo doit être pris pour ce qu’il est, une pochade sympathique et sans grande prétention. L’acte 1 est de loin le plus long, et le 3 le plus court, mais aussi le plus flamboyant : effet de tempos de plus en plus enlevés et signe que temps pressait. L’intrigue est faible, et tout se joue dans la qualité de l’interprétation. Le travail effectué par Alan Curtis, restaurateur de la partition ou à la direction souple et entraînante d’Il Complesso Barocco, fait honneur à cet aimable divertissement, tandis que la distribution, autour d’Ann Hallenberg (Iside) et de Karina Gauvin (Calisto), complétée par des chœurs de la plus belle tradition haendélienne, parvient à le rendre bien vivant.
Albéric Lagier
Georg Friedrich Haendel
Giove in Argo Ann Hallenberg (Iside), Karina Gauvin (Calisto), Theodora Baka (Diana), Anicio Zorzi (Arete/Giove), Vito Priante (Erasto), Johannes Weisser (Licaone) Il Complesso Barocco Direction musicale : Alan Curtis 3 CD Virgin Classics 2 h 36 min
mis en ligne le dimanche 26 mai 2013
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman, deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.