Lundi 18 juin 2018
Ascèse douce
Une musique flexible et dépouillée jusqu'à l'effacement suprême
Cantilena

Quand il ne compose pas – depuis les années quatre-vingt dix –, Giuliano d’Angiolini écrit sur Machaut et Stockhausen, mais aussi sur Scarlatti et Schubert, tout en publiant des études sur la polyphonie vocale de Ligurie, le chant sarde ou la musique de l’île grecque de Karpathos. Flexible et dépouillée (les flûtes rituelles de Aria del flauto eolico), arachnéenne jusqu’à l’effacement (le piano en lisière des touches de Allegretto 94.6 par Melaine Dalibert) et douce comme une caresse (Quatuor Parisii dans Cantilena), sa musique « laisse le temps et l’espace nécessaires à la perception et à l’évolution de chaque son pris comme une singularité », afin de s’ouvrir « comme une fenêtre sur un paysage », comme il l’écrit joliment dans un texte intitulé « Je me souviens ». Ni début ni conclusion, à l’image de ce Suoni della neve e del gelo, pour quatuor à cordes, capté par Les Parisii : un presque rien essentiel saisi au vol. Qui entre par effraction dans le labyrinthe enjôleur du compositeur romain risque de s’y habituer et de s’y complaire, au point de ne plus vouloir en sortir, comme une conversion d’ascèse – ce qui n’est pas un mince compliment.
Franck Mallet

d'Angiolini : Aria del flauto eolico ; Finale ; Cantilena ; Allegretto 94.6
Manuel Zurria (flûte), Melaine Dalibert (piano), Quatuor Parisii
Ensemble Chrysalide
1 CD Another Timbre AT 012 (distr. Metamkine)
54 min

mis en ligne le jeudi 10 mai 2018

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